5 janv. 2022

QUATRE HEURES


J’ai rêvé d’un chemin que tu ne connais pas,
 
J’ai posé ma main là où tu n’étais pas,
J’ai regardé ce lit que tu n’occupais pas.
Il est quatre heures et je ne peux plus dormir. 
 
Fallait-il saisir ta main qui n’était qu’à deux doigts ?
Aurais-je dû embrasser tes lèvres qui me parlaient de toi ? 
Suis-je stupide d’être resté immobile face à toi ? 
Il est quatre heures et je parle de moi. 
 
Est-il encore temps pour être plus qu’amis ? 
Suis-je fou de t’envoyer ces mots ?
Devrais me contenter de ce qui n’est pas ? 
Il est quatre heures et je rêve de nous. 
 
Prends un clavier et dis-moi que tu regrettes, 
Saute dans un taxi et jette-toi dans mes bras, 
Arrête de ne rester que loin de moi. 
Il est quatre heures et je manque de toi. 
 
Je ne veux plus te regarder sans te toucher, 
Je ne peux plus t’entendre sans t’embrasser, 
Je ne serai plus celui à qui tu manques. 
Il est quatre heures et je n’en peux plus. 
 
Arrêter de parler de ce qui n’est pas, 
Oublier d’imaginer ce qui ne sera pas, 
Mettre au passé ce futur irréel. 
Il est quatre heures et je n’y crois plus.

Et pourtant il est encore temps,
Mais plus pour longtemps…

© Robert Branche

 

3 janv. 2022

QUAND LA NATURE FAIT PREUVE D'OPTIMISME

Bonne année 2022

En ce tout début de 2022, mon rosier a décidé de sortir en avance de son confinement hivernal : profitant de la douceur et du soleil des derniers jours de décembre et de tout premiers de janvier, Il explose en jaune.

Merci à lui de me donner ainsi des rayons de lumière imprévus et bienvenus en ces jours omicroniens.

Il a dû se renseigner, et savoir qu’il ne craignait pas une nouvelle vague de froid et qu’une gelée ne viendrait pas mettre fin à sa montée de sève.

Fort de son optimisme, et faisant confiance à la lucidité de la nature, c’est l’esprit serein que je vous souhaite à tous une excellente année 2022.

Comme mon rosier, nos fleurs vont très vite resurgir !

Et pour le fun et montrer qu’un QR Code n’est pas forcément synonyme de contrôle sanitaire, en voici un qui pointe vers mon blog !


 

29 déc. 2021

COMMENT VIVRE APRÈS

Bienvenue à Abou Ghraib

Mon premier a torturé, un peu, beaucoup, et a aimé cela. Parce qu’il avait été photographié, il a été en prison. Depuis, il compte un peu tout, emballe le monde pour ne plus le toucher, court de casino en casino, protégeant son anonymat.

Mon second a lui aussi torturé, mais en professionnel et théoricien, et il aime toujours cela. Parce qu’il était resté dans l’ombre, il est dans la lumière. N’ayant aucune raison de changer, il poursuit sa carrière de consultant en sécurité musclée.

Mon troisième n’a pas torturé, mais son père si. Parce que ce dernier ne s’en est pas remis, il a été battu par lui, ainsi que sa mère. N’ayant pas de projet autre que celui de se venger, il est obsédé par la poursuite du professeur de l’horreur.

Mon tout est le dernier film de Paul Schrader, The card counter.

 


 

PEUT-ÊTRE RIEN... À JAMAIS

La beauté de la panthère des neiges

Allongé dans le froid, aux côtés de Sylvain Tesson et de Vincent Munier, j’attends la panthère des neiges. Viendra-t-elle ? Peut-être oui, peut-être non.

La question est là en suspens, devant nos yeux. Les heures et les jours passent. Progressivement, la force du vent, la beauté des paysages, tel ou tel animal entraperçu la gomment et la rendent sans importance. C’est alors que la panthère acceptera de se révéler.

C’est à ce voyage essentiellement immobile que nous convie le film, La panthère des neiges. La voix de Sylvain Tesson et sa poésie y accompagnent les séquences filmées par Vincent Munier et sa compagne Marie Amiguet.

On y apprend que tout voyageur est constamment vu et observé par la nature et la multitude de ses habitants. Quand il accepte de s’arrêter longuement, quand il a la modestie de se fondre dans le paysage, alors parfois, celui qui l’observe acceptera d’être vu à son tour.

Car l’affût est l’inverse de la publicité : la publicité, c’est tout, tout de suite, le mythe de l’association de l’abondance et l’immédiateté ; l’affut, c’est peut-être rien… à jamais, l’acceptation du moment et du vide.

 


 

24 déc. 2021

JETÉ

Tu m’as jeté, 
Un plan d’un soir,
Juste un plan. 
 
Téléphone muet, 
Internet muet, 
Juste un plan. 
 
Souvenir de ta sueur, 
De ta peau, 
De ton sexe.
 
Tu t’es mouché dans mon corps, 
Juste un kleenex, 
Juste un plan.

© Robert Branche

22 déc. 2021

ÉCRIRE

En deçà de mes pensées,

Ni heurté, ni touché,

Juste effleuré, juste imaginé,

Tu te caches, toi que je ne connais pas.

 

 
Je sens sur ma peau le flot de tes baisers,
Je marche la nuit à tes côtés,
Je cours dans la foulée de ta vie,
Je ris des télescopages de notre rencontre.

Avec les touches de ce clavier,

Mettre des mots sur ce qui n’en a pas,

Faire exister ce qui n’est que rêvé,

Rendre réel ce qui n’est point encore vécu.

En faire les liens qui vont t’attacher,

Jeter le charme qui va te faire t’arrêter,

Te laisser répondre à ces mots,

Pour en devenir la chair.

© Robert Branche

 

20 déc. 2021

TOUT, TOUT DE SUITE

Tout, tout de suite, 
De l’un à l’autre,
De corps en sexe,
De bar en backroom.
Ne pas comprendre,
Ne pas admettre,
L’échec comme le succès,
Le non comme le oui. 
 
N’être qu’un flux, 
Un requin en mouvement,
Pas de poumon,
Pas d’autonomie,
Juste la course.

Jusqu’à ce mur,

Pris dans ma face,

Pris dans mon sang,

Pris dans ma peau,

Blessé à vie,

Pour toujours.

Tout, tout de suite.

© Robert Branche 

(Photographie course Figaro 1990)

 

17 déc. 2021

TENTATION

Le vide devant moi, 
Le laisser venir,
L'accompagner peut-être.
Tentation d’un saut ultime,

Dépasser ma vie par le néant.

Pourquoi ? 
Pourquoi pas ? 
 
 
Un geste, 
Juste un geste à faire,
Un coup de volant,
Un pas de plus,
Et ne plus rien avoir à penser, ni à faire.

Fatigue, lassitude,

Ennui, séduction du vide.

Faut-il une raison,

Pour me laisser glisser ?

Faut-il une envie

Pour continuer ou en finir ?

© Robert Branche

 

15 déc. 2021

À DEUX DOIGTS


Une main me serre et m’attrape le cœur.

M’arrêter, là, tout de suite, maintenant,

Ne plus pouvoir courir, plus de bosses enchaînées.

Marcher lentement, et sentir la douleur qui s’efface,

Une eau qui refroidit et cesse de brûler.

Ne pas comprendre que la mort est là, à un pas.

 

Ne pas m’asseoir et courir à nouveau.

La sentir revenir la douleur ennemie,

Qui me cloue et m’arrête.

Regarder la pente impossible,

M’obstiner sans savoir contre quoi je lutte.

Et finir à deux doigts d’en finir.

© Robert Branche