26 janv. 2009

NE NOUS LAISSONS PAS BERNER PAR LA « MAGIE DES BATTEMENTS DE L’AILE D’UN PAPILLON »

Je prolonge ma réflexion sur la difficulté à prévoir une évolution future et sur notre propension à reconstruire a posteriori la logique passée (voir « Plus facile d’expliquer a posteriori que de prévoir a priori », « Il est bien trop tôt pour se prononcer sur la Révolution Française » et « Résonances entre dérive naturelle et cygne noir »).

J’aime beaucoup l’histoire du « battement de l’aile d’un papillon ». Je pense que la plupart d’entre vous la connaissent : dans certaines circonstances, un simple battement d’aile d’un papillon à un bout du monde peut provoquer plus tard un bouleversement climatique à l’autre bout du monde.

Magie des signaux faibles, de ces phénomènes apparemment sans importance qui, par la propagation d’une « fissure », vont avoir des effets disproportionnés par rapport au changement initial. Ou encore comme l’écureuil irrésistible de l’Age de glace qui, à cause de sa noisette, va fissurer la banquise et déclencher une catastrophe.

Oui, sympathique tout cela. Mais j’aimerais poser 2 questions simples :

- Comment peut-on vraiment prétendre isoler les effets d’un seul événement – surtout quand il s’agit d’un phénomène de faible amplitude –, et être sûr que c’est bien à cause de lui que se produit plus tard un changement majeur ? Ou autrement dit, peut-on isoler un processus de propagation et garantir qu’il n’y a pas des interférences d’un autre ensemble de « battements d’aile de papillon » ? Souvenir de mes études scientifiques et de quelques lectures depuis, j’ai comme un doute sur la possibilité d’une démarche fiable : tout est tellement entremêlé que je ne vois pas bien comment on peut démêler les fils…

- En admettant que mes doutes ne soient pas justifiés et que le phénomène soit bien provoqué par ce seul battement d’aile de papillon ou par cet écureuil un peu fou et amoureux de sa noisette, comment repérer au début le bon papillon ou le bon écureuil – il est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’écureuils sur la banquise ! – ? Vous faites face à une nuée de papillons et vous allez être capable d’un coup d’œil de trouver non seulement quel est le bon papillon, mais quel battement est celui qui va tout déclencher. Vraiment ? Et sinon, à quoi cela sert-il de reconstruire a posteriori une chaîne de causalités, chaîne dont la « solidité » reste à prouver ?

Nous avons un tel besoin d’explication, de « logique » et de cartésianisme que nous avons du mal à accepter une situation telle qu’elle, sans savoir d’où elle vient et ce qui a pu la provoquer.

Attention alors à ne pas construire des raisonnements trop simplistes et à nous laisser berner par la « magie des battements d’aile de papillon ».

4 commentaires:

dan a dit…

De part cet article, vous mettez le doigt sur un fait qui concernent tous les êtres humains. En effet, nous détestons perdre le contrôle d'une situation, et il nous est obligé de désigner un coupable. Pourquoi ne pas retourner le problème et mettre en cause notre propre raisonnement qui a conduit à la création d'une situation?

Robert Branche a dit…

c'est bien effectivement tout le débat : comment accepter de "perdre le contrôle".
C'est toute l'approche de la pensée bouddhiste qui apprend à "lâcher prise".
Ceci est au coeur de mes réflexions actuelles qui seront dans mon prochain livre.
J'aurai l'occasion d'y revenir dans d'autres articles...

Julien a dit…

Effectivement, on ne peut pas isoler l'effet du battement d'aile du papillon de tout le système qui l'entoure.

La théorie des battements d'ailes de papillons est là pour nos rappeler qu'un changement infime des conditions initiales d'un système peut changer radicalement l'état du système. On dira alors que le système est chaotique.

Mais il y a des systèmes qui sont moins chaotiques que la météo. Par exemple, je me souviens d'avoir lu début 2007 un article s'alarmant de l'augmentation des défaillances sur les crédits hypotécaires aux USA ; ce n'était encore qu'un signal faible et pourtant on pouvait déjà entrevoir la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui.

Au moment où un ingénieur de l'entreprise concurrente à une idée de génie en se rasant le matin, on ne peut pas prévoir qu'une perturbation a eu lieu, un battement d'aile de papillon. Le signal est encore trop faible. Par contre quand le concurrent dépose un brevet, on peut exploiter le signal et commencer à imaginer la menace qu'il peut constituer. Ce n'est pas parce qu'on ne peut pas prédire ce qui se produira au moment du battement d'aile qu'il faut abandonner l'idée de veille ou de prospective.

Blog très intéressant. Félicitations pour vos idées !

Robert Branche a dit…

Oui mais c'est bien toute cette théorie des "signaux faibles" que je questionne : en effet il n'y a pas un seul signal faible, mais tout un ensemble. Comment peut-on sérieusement relier un seul "micro-événement" à une macro-conséquence ? Il y a tellement d'interactions multiples entre les 2... Je crois que les systèmes sont beaucoup plus complexes que cela...

 
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