29 janv. 2018

LA RESTAURATION DE L’AUTORITÉ DU PROFESSEUR N’EST PAS LA PANACÉE MIRACLE

Que l’Éducation sorte de l’évaluation strictement individuelle et de la reproduction des connaissances préformatées, pour devenir le lieu de l’apprentissage de l’innovation et du travail en groupe
Ah qu’il était beau le temps de l’Éducation Nationale d’antan, celui des blouses grises, des élèves bien sages, alignés en rang avant d’entrer en classe, assis sur des tables en bois avec l’encrier dans lequel chacun plongeait soigneusement sa plume, récitant tous ensemble un poème, regardant respectueusement le détenteur du savoir…
J’en parle en connaissance de cause, j’y étais... sur un banc et dans les rangs.
Souvenir des relations rigides entre la maîtresse ou le maître et les collégiens, des leçons multiples à apprendre par cœur, des devoirs faits en silence, de l’interdiction de parler à ses voisins, des heures de colle passées à remplir des pages et des pages.
Régnaient alors l’ordre, l’obéissance, la reproduction des connaissances. Pas d’improvisation, presque pas d’imagination. L’excellence était purement individuelle, aucun travail en groupe.
Quelques années plus tard, quand j’ai plongé dans le monde des entreprises, j’ai découvert l’importance du travail collectif : rien ne s’y fait de façon solitaire. Bien, bien loin des méthodes de travail solitaire et du mode d’évaluation purement individuel de l’école.
Aujourd’hui sous l’effet de la transformation rapide de notre monde, cet écart est devenu un gouffre :
- L’incertitude explose, de nouvelles technologies naissent et se diffusent rapidement, aucune position n’est acquise, bref tout bouge et de plus en plus vite : il ne s’agit plus de reproduire des concepts passés, mais d’en inventer de nouveaux, de mobiliser ses connaissances non pas pour copier, mais pour créer.
- Les capacités de stockage deviennent quasiment infinies et l’accès à ces mémoires externes immédiat et sophistiqué. Aussi la performance des individus repose moins sur la qualité de leur mémoire personnelle, que sur leur capacité à savoir efficacement accéder aux données, les vérifier et les exploiter.
- Les lignes hiérarchiques rigides et verticales sont de plus en plus contreproductives, et la prise d’initiative est essentielle pour sortir des idées reçues. Les relations sont de plus en plus décloisonnées et fluides, en évitant les effets hiérarchiques intangibles. Les organisations deviennent horizontales et transverses, et l’encadrement fonctionne de plus en plus collégialement, même si chacun a une expertise précise et une responsabilité directe distincte.
- La performance est collective et c’est la capacité à travailler en groupe qui fait la différence. Les bons managers sont ceux qui savent créer et animer ces dynamiques collectives, les bons agents sont ceux qui travaillent le mieux avec les autres. Les évaluations de fin d’année se font au travers d’entretiens et de procédures complexes, prenant en compte l’évolution de la personne, sa capacité à travailler avec les autres, les situations auxquelles elle a eu à faire face.
Or l’Éducation Nationale, elle, a bien peu changé quant au travail en groupe, à l’encouragement à l’innovation et à ses méthodes d’évaluation. Elle est restée verticale et continue à ne mesurer que les performances individuelles, le travail en groupe y reste marginal. A la différence des pays de l’Europe du Nord ou anglo-saxons.
Voilà un des grands chantiers à entreprendre… en priorité.
Or si je me réjouis de voir qu’un réel projet de transformation de l’Éducation semble enfin mis sur les rails, si la présence de Stanislas Dehaene à la tête du Conseil scientifique est de bonne augure pour que les découvertes faites par les neurosciences soient enfin prises en compte, je n’entends personne parler de ce double sujet clé : sortir de l’évaluation strictement individuelle et de l’apprentissage à reproduire des connaissances préformatées.
Au moment où les solutions sont collectives, où la performance repose plus sur l’imagination et l’initiative que sur la reproduction de schémas historiques, où la confiance en soi et en les autres est critique, est-il réellement pertinent de continuer à privilégier la relation maître-élève et l’évaluation individuelle ? 
Le temps du fordisme est terminé, nous sommes dans l’économie de la connaissance et de la fluidité !
Or si l’on a grandi dans un environnement où parler avec son voisin était interdit et sanctionné, comment pourrait-on ne pas être freiné dans la collaboration ? Si chacun est constamment évalué, jugé, classé, si l’on peut redoubler, c’est-à-dire rompre les liens sociaux construits avec ses pairs, comment ne pas voir ses peurs grandir ?
Tant que l’on croira en France, qu’il suffit de renforcer l’autorité du maître, tant que l’on ne sera pas passé, comme cela a été fait dans d’autres pays, d’une relation un à un, à une relation communauté d’enseignants à groupe d’élèves, nous resterons avec notre handicap collectif.
Il est urgent et indispensable de faire de l’Éducation le lieu de l’apprentissage du monde d’aujourd’hui et de demain ! 

24 janv. 2018

RIEN NE SE PASSE COMME PRÉVU, ALORS…

Le brouillard de la guerre
Vision dérangeante que celle de la campagne de Russie de Napoléon, proposée par Léon Tolstoï, dans Guerre et Paix : 
« A la suite de ces rapports, faux par la force même des circonstances, Napoléon faisait des dispositions qui, si elles n’avaient pas déjà été prises par d’autres d’une manière plus opportune, auraient été inexécutables. Les maréchaux et les généraux, plus rapprochés que lui du champ de bataille et ne s’exposant aux balles que de temps à autre, prenaient leurs mesures sans en référer à Napoléon, dirigeaient le feu, faisaient avancer la cavalerie d’un côté et courir l’infanterie d’un autre. Mais leurs ordres n’étaient le plus souvent exécutés qu’à moitié, de travers ou pas du tout. »
« Le rapport des forces de deux armées, reste toujours inconnu. Crois-moi : si le résultat dépendait toujours des ordres donnés par les états-majors, j’y serais resté, et j’aurais donné des ordres tout comme les autres ; mais, au lieu de cela, tu le vois, j’ai l’honneur de servir avec ces messieurs, de commander un régiment, et je suis persuadé que la journée de demain dépendra plutôt de nous que d’eux ! ».
Bien, bien loin des visions classiques de la stratégie !
L’issue d’une guerre ne serait-elle que le fruit des actions locales? Le rôle d’un général en chef comme Napoléon ne serait-il qu’anecdotique, et serait-il seulement de recueillir in fine les lauriers de la victoire ou la honte de la défaite ? Un usurpateur en quelque sorte…
Non, bien sûr !
Mais il n’est pas d’élaborer une stratégie théorique détaillée et de se raidir dans la volonté de la mettre en œuvre telle quelle. 
Trop de hasards et d’incertitudes pour cela, trop de « brouillard de la guerre » pour reprendre l’expression de Carl Von Clausewitz : rien ne se passera comme prévu et la réalité vécue sera bien éloignée de la vision théorique initiale.
Moins de plans stratégiques qui prévoient tout à l’avance, moins de plans d’actions prévisionnels ciselés dans la moindre virgule, moins de tableurs Excel qui prétendent modéliser le futur.
Davantage de décentralisation, davantage de responsabilisation des acteurs de terrain, davantage de confiance dans leurs observations et leurs décisions !

22 janv. 2018

FAIRE OU NE PAS FAIRE : IL N’Y A PAS D’ESSAI

A long time ago, in a galaxy far, far, away
Après une longue période de mise en sommeil de mon blog, le temps du réveil est venu : reprise d’une publication sur un rythme régulier au moins deux à trois billets par semaine.
Continuer à broder un récit aléatoire et volontairement désordonné autour de la thématique de l’incertitude. Un patchwork, une toile impressionniste, un vitrail fait d’éclats disjoints. A chacun de s’y promener, de faire les rapprochements qu’il souhaite, de laisser des commentaires pour contester, enrichir ou compléter.
Afin d’être certain que cette remise en route se passe bien, j’ai décidé de laisser la parole à Maître Yoda. Que la Force soit avec nous !
Nous sommes sur Dagobah, lors de la première rencontre entre Luke et Yoda. Luke qui est à la recherche de celui qui doit faire de lui un Jedi, vient de rencontrer un petit être petit, à l’aspect insolite, tout sauf Superman. La conversation s’engage…
YODA : T'aider, je peux. Oui, mmmm.
LUKE : Je ne pense pas. Je cherche un grand guerrier.
YODA : Ahhh ! Un grand guerrier. (il rit en secouant la tête) Les guerres, personne n’ont fait grand. »
L'entrainement de Luke commence. Succession de courses, d'épreuves diverses, toutes apparemment plus impossibles les unes que les autres. La progression est trop lente pour Luke qui supporte mal ses échecs. Notamment pas moyen de faire sortir son vaisseau, son X-Wing, du marécage dans lequel il est plongé.
LUKE : Maitre, faire bouger des pierres, c'est une chose. Là, c'est totalement différent.
YODA : Non ! Pas différent ! Seulement dans ton esprit différent. Tu dois oublier ce que appris tu as.
LUKE : Bon, je vais essayer.
YODA : Non ! N'essaie pas. Fais. Ou ne fais pas. D'essai il n'y a pas. »
Luke ferme les yeux et se concentre sur son vaisseau. Lentement, le nez du X-Wing commence à sortir de l’eau. Il plane un moment avant de retomber, disparaissant à nouveau.
LUKE : Je ne peux pas. C'est trop gros.
YODA : La taille ne compte pas. Regarde-moi. Me juger pas la taille, tu fais ? Hm? Mmmm.
(…)
LUKE : Tu veux l’impossible. Je n'arrive pas à y croire.
YODA : C'est pourquoi tu échoues.
Toute ressemblance avec des situations existantes serait évidemment fortuite. De même qu’il n’y a aucun enseignement à tirer de tout cela. 
Quoique…
 
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