15 juil. 2009

ON NE PEUT PAS GAGNER AU GO EN FAISANT DES PRÉVISIONS

Savoir se centrer sur ce que l'on fait


Arrêtons-nous pour regarder comment procède un bon joueur de go (qu'est-ce que le go ?).

Comme le damier est composé de 19 lignes et 19 colonnes, soit donc 361 intersections, et que chaque joueur a 180 pions, le nombre de combinaisons théoriquement possibles est considérable. L'incertitude est donc forte et cela fait bien sur du plaisir du jeu.

Que fait donc ce joueur ? Est-ce qu'il focalise son énergie sur le calcul de probabilités ? Essaie-t-il de limiter cette incertitude ? Cherche-t-il à modéliser les futurs possibles ?

Non. Il se focalise sur ce qu'il peut faire, sur les pions qu'il pose. Il a en tête un dessin qu'il va chercher à mettre en œuvre : ce dessin est une perspective qui oriente ses choix, mais ne constitue pas une forme précise ; viser ce dessin est son dessein. Pion après pion, il est préoccupé par ses degrés de liberté : il cherche à construire un ensemble le plus solide possible et le plus « résistant » à toute attaque.

Il ne se préoccupe pas vraiment de ce que fait son adversaire, ou, du moins, pas tant que cela ne vient pas interférer dans son propre dessein.

Souvent il ne gagnera que par l'effet et la puissance de la forme qu'il a dessinée.

Pourquoi ne pas faire de même en entreprise ? Pourquoi s'épuiser à vouloir prévoir l'évolution de son marché ? Pourquoi construire des tableaux excel avec de multiples « macro » (ces fameuses règles de calcul « automatiques » qui vont tout actualiser et tout relier), et, à partir de la situation actuelle, itérer pour produire un futur théorique et représentatif uniquement des hypothèses mises ?

Comment imaginer que l'on pourra obtenir une prévision fiable avec un damier est infini, un nombre de dimensions bien supérieur à 2, des acteurs fluctuants ? Prévoir le temps est un jeu d'enfants à côté !

Pourquoi ne pas se centrer sur ce que l'on veut faire – son dessein – et sur ce que l'on peut faire ? Pourquoi ne pas chercher « simplement » à se rapprocher de son objectif tout en renforçant la solidité de son entreprise face aux aléas, sa résilience ?

Et s'il faut fournir une prévision pour son marché – le monde financier vit encore dans l'illusion des prévisions –, ne pas y passer trop de temps…

4 commentaires:

Philippe a dit…

Bonjour,

Effectivement les prévisions ne sont pas toujours très utiles. Il faut un dessein certes mais aussi une adéquation de ce dessein avec le marché.

En quoi est-il important que l'économie ne soit pas bonne si mon produit est le plus adapté au besoin du moment.

Cela est vrai, si mon produit fait partie d'une catégorie non sensible au climat ambiant : les biens de consommation courant. En revanche, si mon produit fait partie de la catégorie des produits qui viennent combler un besoin quand tous les autres sont déjà acquis, alors là les prévisions peuvent utiles.

En effet, alors je peux adapter mon outils à la demande qui va sans doute en découler. La qualité de mon produit n'est que peu sensible à cela.

Si tous les producteurs de très bons produits/services pouvaient ne pas être sensible à l'environnement, ce serait merveilleux. Mais est-ce bien réaliste.

Très cordialement,
Philippe

Robert Branche a dit…

Je n'ai pas voulu écrire que "les producteurs ne sont pas sensibles à leur environnement".
Le joueur de go est sensible à ce que fait son adversaire, mais il ne peut pas le prévoir : il doit apprendre à le découvrir progressivement et à construire une stratégie qui soit le plus possible "résistante" aux aléas.
Enfin on peut agir et modifier progressivement son environnement : celui-ci n'existe pas en soi, mais évolue lui-même en fonction du jeu des acteurs (voir mon article de ce jour : "Pourquoi un shampooing pour les cheveux blonds et pas un carburant pour les 4x4"

Philippe a dit…

je rebondis sur votre phrase :
"une stratégie qui soit le plus possible "résistante" aux aléas"

Cela veut bien dire qu'on a prévu les différentes possibilités. Et qu'il faut envisager des scénarios pour construire cette stratégie.

Est-ce que vous voulez entendre, qu'il ne faut pas s'attacher au monde réel mais à celui que nous voudrions qu'il soit ?

Robert Branche a dit…

non cela ne veut pas dire que l'on a "prévu différentes possibilités", mais qu'on les a imaginées. La différence est subtile, je vais essayer en quelques mots de m'expliquer.
Classiquement, on cherche à prévoir, cad à quantifier des futurs possibles en leur attribuant des probabilités d'apparaître. C'est un travail long qui requiert beaucoup de temps et d'argent. Or je le pense largement inutile car le futur est incertain et ces probabilités ne sont que l'expression de ses propres convictions et hypothèses.
Il vaut mieux simplement se poser la question : que se passe-t-il pour moi si ceci se produit, ce sans savoir si c'est probable ou non (bien sûr il faut écarter les possibilités extrêmes du type "chute d'un météore", car elles vont tout détruire et tout modifier...).
Si je reviens au go, cela repose sur le calcul des degrés de liberté. Est-ce que en déployant mon jeu de cette façon, j'accrois mes degrés de liberté, et donc la résilience de ma position, cad sa capacité à me permettre à faire face à plus d'aléas.

 
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