29 sept. 2009

L’UNIVERS EST UN PIÈTRE JOUEUR DE BONNETEAU


Quand une particule est à deux endroits à la fois

Vous connaissez le jeu du bonneteau. Le principe en est simple : il s'agit d'essayer de deviner où se trouve un objet, dans quelle main ou sous quel gobelet. Tout l'art du manipulateur est de vous distraire en vous faisant suivre la mauvaise main ou le mauvais gobelet. Sans parler des tricheries possibles.

Maintenant je vous demande de suivre une particule élémentaire. Vous soulevez le gobelet de gauche, elle y est. Mais si vous aviez soulevé le gobelet de droite, vous l'auriez trouvé aussi. Et sous le gobelet du milieu également. En fait, il suffit que vous souleviez un gobelet pour qu'elle y soit et qu'elle ne soit pas sous les autres. Mais tant que vous n'avez soulevé aucun des gobelets, elle est sous les trois.

Ainsi si vous jouiez au bonneteau contre l'univers, vous seriez assuré de gagner : quel que soit votre choix, ce serait le bon. L'univers est un joueur de bonneteau qui perd à coup sûr !

Mais là où il se rattrape, c'est que si maintenant vous voulez faire une nouvelle partie avec la même particule, vous ne pourrez jamais avec certitude retrouver la particule initiale. Est-ce la même, est-ce une autre ? Vous ne saurez jamais.

Michel Bitbol développe l'histoire suivante : imaginez que l'on définisse Richard Nixon comme le vainqueur des élections présidentielles américaines de 1968. Que se passe-t-il si le résultat change ? Richard Nixon devient-il quelqu'un d'autre ? Mais s'il n'avait pas gagné, nous saurions ce qui se serait passé et nous aurions une continuité de l'histoire. Nous serions donc alors capables de savoir où se trouve le vrai Nixon. Il suffirait de remonter jusqu'à l'acte de naissance. Pour une particule, si l'on veut rembobiner le temps en arrière, pas de chances : il n'y a pas une seule trajectoire possible, mais une infinité. Comment savoir laquelle est la bonne et d'où venait la particule ? Impossible de répondre avec certitude, impossible de savoir où elle était.

Ainsi si Richard Nixon était une particule, je ne pourrais jamais le définir autrement qu'à partir d'un événement précis comme par exemple son élection, et pas comme celui qui a suivi tel ou tel parcours historique. Et si je le définis comme cela, comme je n'ai aucun moyen de modifier a posteriori le passé, je n'ai aucun risque d'erreur : puisque c'est Richard Nixon qui a gagné l'élection, aucune autre particule ne peut les gagner à sa place. Une fois le gobelet soulevé, l'objet est sous le gobelet et seulement lui.

Continuons à jouer à bonneteau. Comme vous voulez comprendre comment tout cela est possible, vous demandez au maître du jeu de rejouer exactement la même partie. L'Univers vous regarde et répond : « Désolé, je ne rejoue jamais deux fois de suite la même partie. Tout est beaucoup trop complexe, tout bouge. Je peux jouer sans fin, mais rejouer à l'identique jamais. » Dommage donc : rien n'est reproductible.

Maintenant comme vous vous fatiguez de vouloir suivre les particules une par une, vous vous intéressez au suivi global d'un grand nombre de particules. Au lieu de jouer au bonneteau avec une particule, vous suivez un faisceau lumineux. Là plus de problème, vous retrouvez le monde qui vous est familier : la lumière ne peut pas être à deux endroits à la fois ; si vous éteignez et que vous rallumez, vous pouvez reproduire le résultat.

Tout va mieux, votre gueule de bois quantique se dissipe un peu. Il vous reste quand même un arrière-goût. Comme une inquiétude. Mais vous savez que la mécanique quantique ne concerne que les particules élémentaires, alors pourquoi s'inquiéter, n'est-ce pas ?

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