7 oct. 2009

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU

Nous sommes malades du temps (3)

Ce futur est donc mis en équation, modélisé dans des tableurs, vendu et revendu n fois à la bourse et entre financiers.
Or, c'est en fait l'incertitude qui domine, et rien n'advient comme cela a été prévu et vendu. Aussi, court-on encore plus vite pour essayer de faire coller le présent réel au présent tel qu'imaginé. 
Sinon, c'est le crash ! La crise actuelle est un peu comme un trou noir de notre espace-temps économique, comme une déchirure par laquelle s'enfuient nos espérances.
Il est donc urgent et indispensable de repenser notre relation au temps et là aussi de lâcher-prise et d'apprendre à ne pas nous laisser emporter par cette folie collective : non, un salon de coiffure ne va pas fermer s'il manque une innovation.

Tout ceci est symbolisé par l'expression « perdre du temps ». Partout autour de moi, je n'entends que cela : « Il ne faut pas que je perde mon temps », « Tu me fais perdre mon temps », « Quelle perte de temps », « Je reviens de cette réunion et j'y ai perdu mon temps »… Cette expression est sur toutes les lèvres et, au bestseller des lieux communs, elle est probablement dans le peloton de tête.
Or s'il y a une chose de sûr, c'est que le temps est une des rares choses que l'on ne peut pas perdre : vous pouvez perdre votre stylo, votre sac, l'idée que vous avez eu tout à l'heure ou même votre vie, mais votre temps non ! Pas besoin d'écrire là où on l'a rangé pour le retrouver, inutile de le mettre dans un coffre-fort pour que l'on ne vous le dérobe pas, pas de crainte à avoir en cas de cambriolage : il sera toujours là !
Proust est bien parti à sa recherche, mais il visait là le temps passé, le temps révolu, celui dans lequel nous nous noyons comme dans un brouillard. Il est allé fouiller les arcanes de ses souvenirs jusqu'à retrouver ce temps perdu.
Aujourd'hui, quand on parle de temps perdu, on parle de temps présent. 
Notre société est malade de « présentisme » : elle ne pense plus que dans l'instantané, dans l'immédiat, dans l'urgence. Mais est-ce encore de la pensée ? 
Si au moins, c'était de l'action, mais non : si l'on entend par action, capacité à entreprendre quelque chose, je crois que le plus souvent, ce n'est pas non plus de l'action, mais juste de l'agitation, de l'effervescence, de la dispersion. Les gens qui courent pensent qu'ils gagnent du temps. Mais pendant qu'ils courent, que font-ils d'autres que courir ? 


On ne gagne pas de temps, on ne perd pas de temps, on fait une chose ou une autre.
Quand je choisis de me déplacer plus lentement, comme je n'ai pas besoin de consacrer mon attention à mon déplacement, je peux profiter de ce temps pour lire, discuter ou simplement réfléchir. Qui gagne du temps ? Celui qui court ?

3 commentaires:

pascal a dit…

Bonjour,

comme tous les matins je vous lis avec plaisir et de plus en plus j'ai envie de dialoguer. De "perdre du temps à vous répondre".

Pour la course du monde et "des gens", celle-ci est souvent liée à une image qu'ils souhaitent donner d'eux même à eux même ou aux autres. Nous sommes tous dans l'apparence, même quand je fais tout pour vouloir m'en extraire je suis démasqué.

Nous achetons des produits qui sont signifiants, nous nous comportons en fonction des autres et nous communiquons comme ça. Merci le capitalisme, la surproduction, la consommation à outrance et le progrès. Mais quoi d'autre? Le collectivisme? Consommer c'est produire, innover inventer progresser susciter de nouvelles envies et peut être sauver sa planète en vendant aujourd'hui des produits pseudo écolos( pompes à chaleur et capteurs solaires innamortissables et difficilement recyclables) pour évoluer vers des produits réellement plus économes et moins polluants. Des industriels s'engouffrent dans ce marché avec la volonté de faire de l'argent et vite.
Mais, restons optimiste, cela va forcément "vite" évoluer. En gagnant du temps pour sauver le temps, qu'il fait.

Vous avez remarqué que ceux qui prennent l'attitude du stress actif et productif sont souvent inadaptés à la communication sociale. Je suis interloqué par le nombre de personnes qui sont littéralement collés à leur portable; donc des "super communicants"; et incapables de communiquer avec leur boulangère ne serait-ce que par un sourire ou avec un bonjour jovial lancé à la cantonade. Ce n'est pas perdre son temps que de donner matière à sourire aux autres ou donner un peu de joie à quelqu'un en communiquant aimablement. Je m'éloigne; désolé.

Dans "lâcher prise" il y a "abandon" et la peur de se retrouver nu devant son amant(e) ou l'autre. Que craint-on? D'être démasqué? Mais nous sommes tous pitoyables et en même temps géniaux car humain. Le meilleur exemple de lâcher prise que je connaisse, c'est Fédérer le tennisman. Ses coups sont fluides, relâchés et effectués en toute décontraction apparente mais il faut énormément de travail et de concentration pour ce lâcher prise. La preuve à la fin du match et l'écroulement littéral du vainqueur sur le court.
Même exemple. Faire l'amour c'est lâcher prise mais pour l'homme si on lâche vraiment prise ça n'est pas très satisfaisant pour notre partenaire; on doit rester concentré attentif, retenu oublieux de soi-même etc.

Négocier un contrat c'est aussi du lâcher prise car que vend-t-on? Soi même j'en suis aujourd'hui convaincu. Le produit les prix importent peu (sauf bien sur dans des circuits très spécialisés comme la grande distribution où ce n'est bien souvent que le seul marqueur). La sincérité paye souvent, la manipulation aussi malheureusement mais cela finit toujours par se voir. On manipule parce que l'on a peur de ce que l'on est, on n'y croit pas on ne peut pas séduire avec soi même ce n'est pas possible. Donc il faut avancer masqué. Erreur.

Donc ralentir et lever la tête oui mais ne culpabilisons pas. Ce n'est pas facile d'accéder à cette capacité. Je dit souvent qu'il faut un maximum de conscience pour se permettre d'être inconscient.
Et on lutte docteur on lutte!

En fait le lâcher prise ne peut pas se décréter. Tarte à la crème des temps modernes et de nos sexualité globalement insatisfaisantes cela s'appelle en fait la recherche du bonheur.

L'abandon, la confiance en soi (donc plus d'images à projeter pour influencer le jugement des autres) la confiance dans les autres (plus de craintes à dialoguer à se confier et ainsi à risquer de se ridiculiser, car nous sommes face à des personnes bienveillantes) la volonté de progresser sans écraser l'autre... Toutes ces valeurs se travaillent ou plutôt se transmettent. L'éducation est donc une fois de plus primordiale. Nos profs sont-ils formés et prêts(volontaires) à ce type de transmission du savoir? Je ne crois pas. Les exemples abondent mais je ne veut pas vous prendre encore de votre temps à bientôt donc. Pascal.

Robert Branche a dit…

A Pascal,
Merci de l'intérêt que vous portez à mes écrits et pour la richesse de ce dernier commentaire. N'hésitez surtout pas à en écrire d'autres : idéalement, j'aimerais que ce blog ne soit pas seulement un lieu d'expression pour moi, mais un lieu de débat et de confrontation (si vous m'avez lu régulièrement, vous savez que je suis un adepte de la confrontation comme moyen pour enrichir et ajuster nos interprétations).
Oui comme vous l'avez écrit , le lâcher-prise est nécessaire et difficile : ce n'est pas abandonner toute volonté et tout projet personnel, mais c'est ne pas lutter contre quoi on ne peut rien, arrêter de faire des prévisions inutiles, se focaliser sur l'attention intensive de ce qui se passe et commence, arriver à sentir les courants pour en tirer parti...
Cet abandon suppose effectivement une confiance en soi. Celle-ci ne peut être atteinte que grâce à son parcours personnel et à une forme de stabilité interne.
En conséquence, je pense que plus la direction (managers comme actionnaires) seront instables et changeants, moins ils pourront lâcher-prise et se réfugieront dans le contrôle et la demande de business-plan et de prévisions...

Dafodil a dit…

Ce que disent les alcooliques anonymes, c'est:
"Mon Dieu, donne-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne puis changer,
le courage de changer les choses que je peux,
la sagesse d'en connaître la différence."
(pas besoin de Dieu, d'ailleurs, on peut trouver cela en soi, j'espère!).
Formule très juste, je trouve, que tout le monde peut s'appliquer, même quand on est sobre!

 
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