2 déc. 2009

PETIT CONTE DE NOËL SUR LE FEU ET "L’ÉNERGIE DE LA FUMÉE"

Il y a toujours longtemps, très longtemps, dans une caverne


Appuyé contre le mur de la caverne, la tête calée par un morceau de fourrure, Ernesto écoutait la voix de son père scander l'histoire de sa dernière chasse. Son regard oscillait entre le visage de son père, celui des membres de la famille, et le feu.
En fait, il se sentait encore plus fasciné par le mouvement des flammes et la douce chaleur qui en émanait que par les prouesses paternelles. Depuis onze ans, Ernesto avait droit presque tous les soirs à ces récits, qui, peu ou prou, étaient toujours les mêmes. Il s'en était lassé. Par contre, la magie du feu était intacte.
C'est ce soir-là qu'Ernesto décida de tout savoir sur le feu.
Ernesto était un méthodique. Il tenait cela de son père : celui-ci était le grand spécialiste de la chasse dans la tribu, et même dans toute la région. Il avait su perfectionner les techniques d'approche du gibier, savait mieux que quiconque lire une trace dans la forêt, la pierre de sa lance était toujours la mieux aiguisée, son lancer irréprochable…
Ernesto commença par tester toutes sortes de bois : depuis celui qui venait du petit taillis poussant à proximité de la caverne, jusqu'à celui des grands arbres au cœur de la forêt. En parallèle, il s'intéressa à l'architecture du feu : comment le composer pour qu'il se développe rapidement ; quelle structure était la plus à même de produire une chaleur élevée ; comment obtenir le meilleur rendement, c'est-à-dire le moins de cendres possibles pour une quantité de bois donnée.


Ensuite, il travailla sur les techniques d'obtention du feu : il trouvait vraiment trop aléatoire la solution actuelle qui reposait sur le feu qui tombait du ciel. On ne savait jamais quand cela allait se produire, ni où exactement. Du coup, il ne fallait à aucun prix laisser éteindre le feu, si l'on ne voulait risquer de se retrouver sans. La solution vint presque d'elle-même : un soir où il s'ennuyait, il commença à lancer des pierres contre les rochers voisins. Les étincelles qui apparaissaient à chaque choc venaient comme éclairer la paroi.
« C'est drôle, c'est un peu comme la lumière d'un petit feu, se dit-il. »
Il eut alors la curiosité d'approcher un peu de paille à proximité de l'endroit où se produisait le choc. Cela ne marcha pas du premier coup, mais comme il sentait qu'il était sur la bonne voie, il s'obstina. Il prit de la paille plus sèche, testa différentes pierres et, au bout d'une semaine d'efforts, il fut récompensé : la paille prit feu.
Comme c'était un rapide, tout ceci ne lui avait pris qu'une année, et, à l'âge de douze ans, il était devenu l'expert reconnu dans l'art du feu.

Il ne s'arrêta pas là. Il se pencha ensuite sur la fumée et le fait qu'elle montait. Il était persuadé qu'il y avait une force derrière cette montée, une force qui pourrait être utile dans le travail de tous les jours. Il eut beau essayer de domestiquer cette fumée de mille façons, ce fut en vain. A l'âge de trente ans, il eut comme une illumination : il fallait emprisonner la fumée pour accumuler la force qui la faisait monter. Le monde des cavernes s'est longtemps souvenu de son expérience où il enferma le feu au milieu d'un tronc creux : la fumée avait tellement eu envie de sortir du tronc que celui-ci avait fini par éclater avant de brûler, blessant ainsi des enfants un peu trop curieux.

Le chef des cavernes décida alors qu'il était temps de mettre fin aux élucubrations d'Ernesto qui fut prié d'en rester là.
Jusqu'à la fin de sa vie, il continua à marmonner dans sa barbe devenue de plus en plus longue : « Je sais que j'ai raison. Un jour, vous verrez, on enfermera le feu dans une boîte et la fumée pour sortir devra travailler pour nous ! ».
Les enfants l'écoutaient en riant, les autres passaient leur chemin…

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