21 juil. 2010

LE FUTUR COMMENCE AUJOURD’HUI

Être précis et détaillé à court terme

« Autant l'horizon à moyen et long terme est flou, car masqué par le jeu combiné des incertitudes environnantes, autant l'avenir immédiat est planifiable : les ressources de l'entreprise, tant qualitatives que quantitatives, sont connues ; l'évolution du marché et des attentes des clients sont analysables ; les positions des concurrents le sont aussi. Il reste bien sûr des aléas – on ne peut pas savoir à l'avance ce que va faire tel ou tel concurrent, un accident peut survenir dans telle ou telle usine… –, mais ils peuvent être cernés et probabilisés : on est en deçà de l'horizon du flou. Nous sommes dans l'horizon des plans d'action et du budget.
Comment cet horizon se raccorde-t-il avec celui du long terme ? Comment les plans d'actions se relient-ils avec le chemin qui doit conduire à la mer ?

La liaison entre les deux est simple, et peut être illustrée au travers du jeu de go.
Au début de la partie, un joueur de go a en tête un dessin qu'il va chercher à mettre en œuvre et qui oriente ses choix. Ce n'est pas une forme précise, ce dessin est surtout un dessein. Il se focalise ensuite sur ce qu'il peut faire. Pion après pion, il cherche à construire l'ensemble le plus résistant à toute attaque. Puisqu'il ne peut pas savoir ce qui va se passer, ce qui lui importe est la solidité de ce qu'il fait. Le dessin qu'il avait initialement en tête prend donc forme progressivement, chaque fois qu'il pose un pion.
Il ne se préoccupe pas vraiment de son adversaire, ou, du moins, pas tant que cela ne vient pas interférer dans son propre dessin. Il sait quels sont les actes qui pourraient faire s'effondrer son projet, les pions dangereux porteurs de ruptures futures majeures. Il sait qu'il ne gagnera que par l'effet et la puissance de la forme qu'il a dessinée, et par la pertinence de ses actes. Comme un attracteur qui attire les pions, son dessein se dessine petit à petit. Il y a donc un lien étroit entre ce qu'il vise et chacun de ses actes : chaque pion doit le rapprocher de ce qu'il vise. »(1)

(1) Extrait des Mers de l'incertitude p.123-124

20 commentaires:

Anonyme a dit…

Cela ne revient-il pas à considérer que 80% des évènements (extérieurs) correspondent à de "l'agitation brownienne" qui, au final ne créent que de l'échauffement, et dont il convient de se désintéresser?
Reste à faire preuve de perspicacité et de discernement pour reconnaître les 20% qui auront un impact fort.

Extraire le signal du bruit de fond ne se fait pas sans peine...

Richard

Robert Branche a dit…

Oui et non. Je crois que cela veut surtout dire qu'il faut se concentrer sur la seule chose sur laquelle on peut réellement peser : ses actes au présent.
Je reviendrai sur ce thème à la rentrée (je suis en train d'avancer sur ce sujet)

Anonyme a dit…

Cher Monsieur Branche,
Votre livre est passionant mais il me semble qu'il manque la notion d' "intensité" dans l'action présente (qui rentre donc dans un plan) que vous préconisez pour mieux atteindre la mer ciblée.

Prenons l'exemple simple d'un chef d'entreprise qui devrait faire dans le futur un discours devant ses 100 Top Managers (vous imaginez la pression !). Il peut certes très bien préparer son discours en amont(technique, références, vision...) mais l'incertitude à l'instant t de son dscours (écoute participants, critiques, chao perso de chacun...) lui ai quasimment impossible de ressentir en amont pendant la préparation présente ?
Qu'en pensez-vous de cette "intensité" à prévoir en amont et surtout à ressentir ? Vous pouvez certes agir sur le présent mais quid de l'intensité de la mer à venir ?
Encore une fois, vos livres sont excellents. Bravo.
SM.

Robert Branche a dit…

Merci d'abord de votre commentaire sur mes livres et vos encouragements.
Mon livre n'a pas la prétention de répondre à toutes les questions et d'aborder tous les thèmes.
Concernant la question que vous posez, c'est une situation que je connais bien personnellement, car c'est celle dans laquelle je me trouve à chaque conférence : je ne connais à l'avance ni quel sera l'auditoire, ni quel sera l'état d'esprit, tant individuel que collectif.
C'est pour cette raison que je n'écris jamais mon texte à l'avance, ni ne le répète. J'improvise, et me laisse guider par mes sensations et mes intuitions immédiates.
Pär contre, la trame est fixée d'avance et l'enchaînement des idées (notamment avec le support d'une présentation structurée).
Il n'y a donc pas d'antagonisme entre les deux, bien au contraire : plus vous aurez préparé votre intervention en profondeur (cad au niveau des idées et non pas des mots; plus vous aurez trouvé des images fortes - des paraboles - qui communiquent des émotions), plus vous pourrez apparemment et effectivement improviser, cad ne pas dire la même chose tout en exprimant le même fonds...

Anonyme a dit…

Merci Monieur Branche de votre réponse ce 13 mai,
En fait si je vous comprends bien, pour bien appréhender l'incertitude, il faut se concentrer sur des certitudes ;-) ?
Encore bravo pour vos livres.
Cordialement,
SM.

Robert Branche a dit…

Plutôt que "certitude" je parlerais de "conviction", en faisant attention d'ancrer ces convictions le plus possible par rapport à des points stables, "des mers", cad ce qui n'est pas sujet à être sensible à l'incertitude.
C'est ce que j'essaie de faire quand j'écris : trouver des propos qui ne sont pas de circonstances...

Anonyme a dit…

Cher Monsieur Branche,

Vos livres sont excellents et clair que l'incertitude est une richesse...

Une petite question svp dans votre exemple de jeu de go...

Quand il pousse le pion 1, il doit aussi se concentrer en même temps sur ce qu'il va faire ensuite avec le pion 2... comment lacher la concentration sur le pion 1 un instant pour penser au pion 2 ?
Car s'il ne se concentre que sur le pion 1, il lui manque la vue d'ensemble ? (le coup d'après)
Merci beaucoup.
Un lecteur fidèle.

Robert Branche a dit…

Certes c'est pourquoi le principe du jeu de go n'est pas dans l'analyse de chaque pion posé, mais bien de la dynamique dans laquelle il s'inscrit : comment se relie-t-il aux autres déjà posés ? Accroit-il ou diminue-t-il le nombre de degré de libertés de l'ensemble ? Pourra-t-il servir comme point d'appui à des développements éventuels dans cette zone ? ...

Anonyme a dit…

Merci Monsieur Branche pour votre réponse,

Il faut donc accepter que tout n'est que probabilité et que le 100% sur n'existe pas dans les prévisions ?

Cordialement,

Le lecteur fidèle.

Robert Branche a dit…

Tout à fait : les prévisions ne sont que des scénarios qui dessinent des possibles, et en aucun cas, des certitudes fiables à 100%

Anonyme a dit…

Cher Monsieur Branche,

Votre exemple du jeu de go est très bon mais il manque la notion de temps je pense (qu'on retrouve dans la vraie vie).
Si le joueur au lieu de se concentrer sur le pion 1, pense aussi au pion 2... il se déconcentre du pion 1... (si bien sûr il est pris par le temps...)
Ne pensez-vous pas que le temps est alors primordial ?
Le lecteur assidu de vos livre.

Robert Branche a dit…

Oui tout à fait, le temps est primordial, c'est pourquoi le bon joueur de go ne regarde jamais un pion à la fois, mais la configuration de l'ensemble, le dessin. Il peut ainsi à la fois ne pas perdre de vue celui qu'il pose, et avoir en tête le tracé futur.

Anonyme a dit…

Cher Monsieur,

Je viens d'acheter votre 2ème livre sur le neuromanagement et ils sont vraiment excellents vos livres car concrets.

Juste une question sur votre exemple ici de jeu de GO. Ne pensez-vous pas que plus le joueur va avancer et poser ses pions (donc vers le "dessin") plus sa pression de réussir va diminuer ? Et donc son attention diminuer aussi ? Ne faudrait-il pas un "dessin" infini alors pour l'homme ? Toujours un challenge ? Bonne soirée. Un lecteur fidèle. SM.

Robert Branche a dit…

Merci d'abord de l'intérêt que vous portez à mes livres. N'hésitez à me faire part de vos commentaires. De tels retours sont toujours précieux.

Sur le jeu de go, c'est effectivement un défi de ne pas se relâcher au cours du jeu, et de rester vigilant jusqu'à la fin : Une position se renforce au cours du temps, mais tant qu'un partie n'est pas terminée, rien n'est jamais sûr (sauf partie totalement déséquilibrée...).
Et pour l'homme et pour chacun de nous, la partie est infinie, ou du moins dure tant que nous sommes vivants...

Anonyme a dit…

Merci pour votre réponse Monsieur Branche, mais donc comment faites-vous pour prendre une décision aujourd'hui au départ (je pousse le pion dans telle direction avec telle puissance) en se projettant sur les répercussions que cela va avoir à l'arrivée ? Quelles conséquences ?
Merci beaucoup.
SM

Robert Branche a dit…

C'est l'art du joueur : celui qui est capable de projeter dans le futur en quoi jouer ici et maintenant sera important pour demain;
Dans le domaine du go, cela correspond à la fois à la forme immédiate de ce qui est dessiné (qui sera plus ou moins résiliente en cas de confrontation avec l'autre), et à des perspectives d'évolution future (mettre des pions dans les zones vers lesquelles on imagine se déplacer plus tard, ce afin qu'ils servent d'appui à ce moment-là).

Anonyme a dit…

Cher Monsieur Branche,

Après avoir acheté vos 2 derniers livres j'attends avec impatience celui d'octobre...
Juste une question sur votre jeu de GO/futur-aujourd'hui... comment faites-vous pour le dernier pion: la mort! Elle ne peut être un objectif ? Le dernier pion peut-il est lié à l'héritage ? Au passage de flambeau avant l'heure H ? Mais on ne connait pas l'heure... encore incertitude...
Merci beaucoup,
Un fidèle lecteur.
SM.

Robert Branche a dit…

Merci pour votre fidélité ! Et n'hésitez pas, après l'avoir lu, à me dire ce que vous penserez des Radeaux de feu.

Pour ce qui est de la relation avec la mort, elle fait pour ainsi dire partie du paysage, et elle est certaine. C'est juste le moment et le lieu qui sont inconnus. Donc si vous êtes en accord avec vous-mêmes et centré sur le présent (ce qui n'est surtout antinomique avec viser une mer personnelle), elle vous prendra toujours, pour ainsi dire "au bon moment".
Quant à l'héritage, je ne crois pas à l'héritage de l'argent. Il est préférable à chaque génération d'avoir à faire ses propres preuves. Le vrai héritage pour moi, c'est l'éducation (au sens noble du terme, cad la capacité à apprendre à apprendre, et non pas à répéter ou à savoir) et la transmission des idées et des valeurs... et donc en quelque sorte de sa mer personnelle.

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour votre réponse, suis d'accord avec vous sur tout, sauf l'héritage ! Il n'est pas qu'argent, il peut aussi être responsabilité (entreprise par ex) et donc l'un des derniers "pions" du GO peut-être le passage de flambeau ? Préparer la relève ?
Encore merci pour vos livres et votre temps.
SM.

Robert Branche a dit…

Oui tout à fait j'avais répondu pour l'héritage à titre privé.
Pour une entreprise, la préparation du départ et de la succession est essentielle. Et aussi savoir ne jamais se rendre indispensable: car que se passe-t-il sinon en cas d'accident ?

 
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