12 oct. 2010

CHACUN CHEZ SOI ET LES VACHES SERONT MIEUX GARDÉES !

Le bon temps des colonies…

Avant, les contours étaient précis : on savait où on était né, quelles étaient ses racines, quels étaient les territoires où l'on allait habiter. Le dehors était un peu théorique, on était protégé par les distances, les appartenances géographiques avaient un sens. Certes, il y avait bien des échanges, mais ils n'étaient finalement que superficiels, ils venaient apporter les épices qui nous étaient nécessaires.
Ceci était vrai du moins en Europe, aux États-Unis ou en Chine. Pour ce qui est de l'Afrique, de l'Amérique ou de l'Inde, ils avaient connu les « joies » de la colonisation et avaient contribué à notre richesse.

Mais pour un Français, ceci restait théorique. Il savait bien que l'on avait des colonies, il se doutait que l'on y était pauvre et sale, mais bon, pour sa vie quotidienne quelle importance ? Assis dans la chaleur de sa mère patrie, conforté par des politiques qui se gardaient bien de lui expliquer que notre prospérité relative n'était possible que grâce à la pauvreté des autres, il était tranquille dans ses frontières. Finalement les brumes de sa pensée lui masquaient la réalité du reste du monde, qui n'était qu'un sujet de reportages ou d'excursions touristiques.

Les frontières étaient alors une réalité, les limites avaient un sens : elles nous protégeaient et servaient à défendre les avantages acquis, elles étaient les remparts de la forteresse de nos privilèges. A l'abri de ces frontières, nous étions cramponnés à la pente pour résister à tout changement.
Ces frontières n'étaient pas seulement physiques, mais aussi – et peut-être surtout – culturelles : nous avons construit au fil des années un ensemble de certitudes justifiant et expliquant l'existence de nos avantages. Appuyés sur un racisme toujours sous-jacent, soutenus par nos religions – juives et chrétiennes –, par les pensées issues du « Siècle des lumières » – rien que le fait d'avoir appelé ce siècle ainsi montre l'arrogance de notre pensée –, et par la si fameuse « Déclaration des droits de l'homme », sereins, nous dominions le monde, certains que c'était pour le bienfait de tous.

Certes nos frontières locales fluctuaient en fonction des aléas des mariages princiers ou des guerres, certes nous avions droit à notre quantum de morts, certes le siècle dernier a été celui des pires atrocités, mais nous faisions, pour ainsi dire, cela en famille. Et comme tout le monde le sait, les batailles familiales sont les pires. On était entre soi : tout Français savait depuis longtemps qu'un Allemand ou un Anglais n'étaient pas des Français, mais c'étaient quand même des cousins proches. D'ailleurs les Alsaciens pour parler des autres Français ne disaient-ils pas « les Français de l'intérieur »…

Par contre, ceux qui étaient vraiment différents, ceux qui n'étaient pas comme nous, ceux vis-à-vis desquels il fallait se protéger – au moins au cas où… –, c'étaient tous les autres : les Africains, les Asiatiques, les Arabes… Les pensées libérales développaient bien des discours en surface non racistes, mais dans les faits, nous faisions tout, individuellement et collectivement, pour défendre nos avantages si longuement construits, un peu comme un syndicat d'une entreprise, pour défendre les intérêts de salariés qu'il représente, laissera, sans états d'âme, se dégrader les conditions de travail chez les sous-traitants. Égoïsme bien humain, me direz-vous…
Certes, mais aujourd'hui tout est en train de voler en éclat : les brumes de la globalisation et des connexions informationnelles sont venus dissoudre les frontières. Quand je marche dans les rues de Paris, je ne sais plus ce que veut dire être Français : tout se mélange, tout se transforme, tout s'enrichit mutuellement. Les races sont multiples, et bon nombre ne sont plus des immigrés, mais bien des citoyens français ; la langue se transforme, s'hybridant de la richesse venue des banlieues. Les biens, physiques comme culturels, sont « multilocalisés », c'est-à-dire sont le fruit d'un processus de production impliquant plusieurs pays. Il en est ainsi aussi bien de la musique – de plus en plus elle nait du croisement des histoires musicales – que d'une automobile !

(à suivre)


4 commentaires:

Corto a dit…

Eh oui,
on est passé de la cuisine de maman à celle du terroir et maintenant à la grande table mondiale.
On se régale de ces échanges de saveurs, de cette nouvelle convivialité inenvisageable il y seulement quelques années (rideau de fer, éloignement...).
Internet, quelques révolutions et les facilités d'échange (pétrole bon marché) sont venus bousculer nos habitudes, souvent pour le meilleur. (meme la p'tite mousse du patron est devenue une valeur commune, si j'en crois l'un de vos derniers blogs... et je confirme !)

Mais comme dans tous les restaurants, arrive le temps de la douloureuse... Et là, quelle que soit l'ouverture d'esprit et l'humanisme des convives, la seule question qui se pose est :
addition commune ou séparée ?

Le sketche de Muriel Robin semble s'appliquer à merveille : regardez le G20, l'OMC, le FMI, l'ONU... tous ensemble! Mais pas à mes dépens, ou pire, pas en votre faveur!

Désolé de torpiller la rêverie du voyageur globalisé mais quand je regarde ce monde en face, j'y vois surtout une guerre économique qui fait rage. Et faisant partie du vieux monde en train de se faire déborder par les dragons asiatiques et le bondissant brésil, je n'ai pas, je n'ai plus la mansuétude du colosse envers les fourmis.

Je sais combien nos pieds d'argile sont fragiles et notre qualité de vie peut être fugace si on ne se donne pas la peine, les moyens de la défendre.

Robert Branche a dit…

J'aime bien image du restaurant, et je me permettrais de la réutiliser à l'occasion !
Merci de lire demain la suite de mon article...

Je ne pense pas qu'il faille comme vous se battre contre ce mouvement, car il est inévitable.
Il ne s'agit pas non plus de rester les bras croisés et de laisser sombrer tout une partie de la population. Je crois au contraire qu'il est urgent de développer dans nos pays une nouvelle solidarité des classes les plus favorisées (cad tous ceux qui, pour une raison ou une autre, profite de ce mouvement ou en sont protégés) au profit de ceux qui ne le sont pas.

Corto a dit…

J'aimerais vraiment vous faire passer toutes les nuances de ma position, mais que c'est dur en quelques lignes...

D'abord, "se battre contre ce mouvement" n'est pas une fin en soi. Je suis trop bien placé pour savoir ce qu'il en est (achat automobile, quand tu nous tiens...).
Les richesses, vont et viennent de pays en pays au fil des ans, des époques (cf "une grande divergence" de Pommeranz ou comment la Chine s'est faite dépasser par l'Europe depuis le XVIemes malgré des "chances" égales voire supérieures...).

Je suis donc d'accord avec vous : on ne va pas contre l'histoire. On la vit, on l'accompagne et on essaie d'en tirer le meilleur.

Mais au-delà des opportunités de la globalisation, je sens un trop grand décalage entre nos visions euro-centristes, ou hexagonales étriquées, repliées sur elles mêmes et la réalité du jeu hors de nos frontières.
Nos étudiants sont aujourd'hui mobilisés... pour sauvegarder leurs retraites...
Pendant ce temps, la Chine forme 200 000 ingénieurs par an qui par leur travail, leur compétitivité pourront bientôt penser à se forger un système de protection qu'ils n'ont pas encore...

Eux ont tout à gagner, à construire,
Nous avons tant de choses à perdre si nous n'y prenons garde.
J'ai licencié 100p l'année dernière. Elles peuvent encore, apanage des pays riches, prétendre au chômage.
Mais pour combien de temps encore ?

Nous sommes endettés, notre balance commerciale déséquilibrée, notre monnaie attaquée.
Vous parlez de redistribution plus juste et je vous suis.
Mais le fondamental à ce partage demeure la création de valeur. Pas la croissance pour la croissance, mais l'activité (au sens très, très large) pour tous.
Et désolé, mais quand je dis tous, je regarde d'abord mes enfants, les gens que j'ai licenciés, ma famille et ceux là ne sont pas de l'autre coté du monde.
Sans empêcher aucunement M Singh ou M YAng de se bâtir un avenir plus prospère,je souhaite juste, en bon père de famille sans doute, garantir celui de MES enfants.

(oui ca peut aller loin comme débat, mais encore une fois, je suis dans la nuance... même si je suis convaincu qu'en poussant le raisonnement à l'extrême, il est aisé de verser dans le radicalisme, la défiance, la crainte de l'autre et pire encore... c'est ce que font certains des gens qui subissent cette situation, c'est l'huile sur laquelle nos médias et nos politiciens soufflent le feu de leurs ambitions personnelles à courte vue... c'est dangereux.)

Robert Branche a dit…

J'aime l'humanisme et la richesse de vos commentaires.
Je partage avec vous cette inquiétude fondamentale : quel est le projet positif que nous pouvons proposer et construire dans nos pays, pour nos enfants et pour tous ceux qui s'y trouvent (dont bon nombre viennent de pays comme la Chine, l'Inde, l'Afrique ou le Brésil...) ?
Il n'y a actuellement plus d'espoir, plus de projet, plus d'avenir... d'où le monde dans la rue pour le débat sur les retraites...
C'est un défi de construire ce projet en tenant compte de la montée en puissance des pays émergents et du multiculturalisme de nos pays

 
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