7 févr. 2011

DIRIGER, CE N’EST PAS CHERCHER À TOUT RATIONALISER ET SIMPLIFIER

Nous sommes intelligents grâce à notre inconscient

Dans son émission du 29 janvier 2011, Jean-Claude Ameisen aborde le thème de la conscience : comment l’inconscient émerge-t-il de la conscience(1).
Il explique que nous percevons le monde qui nous entoure non seulement au travers de nos processus conscients, mais aussi par une multitude de processus inconscients. Il évoque notamment le cas de la « vision aveugle », c’est-à-dire la capacité du cerveau de traiter de l’information sans que nous en ayons conscience. Cette vision aveugle est plus rapide, car elle ne nécessite pas de traitement cognitif. C’est elle qui améliore notre efficacité et nous prépare à agir à ce que nous voyons, ce même avant que nous prenions conscience de cette vision.
Il évoque aussi ces cas de personnes qui, à cause d’une maladie cérébrale, ne peuvent pas se souvenir de ce qu’elles vivent, mais peuvent en rêver. Nous sommes plus riches que nous le percevons : nous sommes habités par des traces multiples auxquelles nous n’avons pas accès consciemment.
Finalement, c’est cette intrication entre processus inconscients et conscients qui nous permet de vivre et d’être efficace.
C’est cette même idée qui m’avait amené à écrire mon premier livre, Neuromanagement ou comment tirer parti des processus inconscients. J’y écrivais en conclusion de la première partie :
« Ainsi, comme l’individu, l’entreprise est capable de marcher, conduire et même aller là où elle veut sans y penser. Composée de multiples conscients/inconscients, innervée par son système d’information, mue par la préoccupation de sa survie, connectée au réel par la confrontation, elle avance pour faire face aux dangers de la jungle économique, minimiser ses risques et accroître son espace vital.
Diriger, ce n’est pas chercher à faire disparaître les inconscients, ni à tout rationaliser et simplifier : sans inconscients, l’entreprise ne peut pas être efficace. Penser que tout peut être rationalisé, c’est rejeter ce que nous apprend la neurobiologie et nier le réel et donc être soi-même irrationnel.
Diriger c’est se servir de la complexité pour accroître l’efficacité, pour aider l’entreprise à survivre en se développant mieux et plus vite. Pour cela, le dirigeant doit apprendre à « neuromanager » en tirant parti des inconscients de l’entreprise. » 


(1) Sur les épaules de Darwin, France Inter. Voici comment est présentée cette émission sur le site de Radio France :
« Qui est le rêveur dans le rêve ? Est-ce le « je » qui marche et parle et court dans la nuit ? Est-ce le même « je » que celui de la lumière du jour ? Est-ce un autre « je » ? Est-ce que cet être nocturne en proie à des hallucinations a quoi que ce soit à me dire ? […]
Le « moi » est plus vaste que le narrateur qui dit « je ». Autour et en dessous de l’île de ce narrateur conscient de lui-même s’étend un vaste océan d’inconscient, fait de ce que nous ne savons pas, ou avons oublié […]. Une vérité étonnante faite de brumes et de brouillard, et du fantôme non reconnaissable de la mémoire et du rêve, qui ne peut être retenue dans mes mains, parce qu’elle est toujours en train de s’envoler, de s’échapper, et je ne peux dire si c’est quelque chose ou rien. Je la poursuis avec des mots, même si elle ne peut être capturée, et parfois, de temps en temps, j’imagine que je m’en suis approchée. »

2 commentaires:

ETC70 a dit…

Bonjour Robert,

Je pense que lorsque l’on aborde cet aspect du corps, du biologique, du système nerveux qui relie au psychique et plus loin la matière de la conscience, du management faisant intervenir cette conscience, Stéphane Lupasco est d’un grand secours. Il n’y a pas à 100% de certitude ni d’incertitude, ni 100 % de conscient ou d’inconscient. Dans ce domaine de la « troisième » matière qu’est la conscience, le social, la notion de couple antagoniste, contradictoire et complémentaire constitué, à titre d’exemple par les couples que j’ai mentionnés, constitue la base. Ces couples s’actualisent et se potentialisent et dans beaucoup de configuration dans le domaine de la conscience, ils se mettent dans un état appelé dit T de semi-actualisation,/semi-potentialisation. Tourné autrement, ceci éclaire la présence de couple conscient/inconscient, certitude/incertitude. Il n’y a que la logique binaire d’Aristote pour voir soit la certitude, soit l’incertitude ou uniquement une face d’une pièce de monnaie. Il faut s’ouvrir aux autres dimensions de la logique pour mieux « secouer » le cocotier.

A explorer, surtout en utilisant les nouveaux concepts qui pourraient apporter un plus dans ce domaine.

Maurice Andriamihaja

Robert Branche a dit…

Merci pour ce commentaire éclairant dont je partage le contenu.
Notre culture occidentale nous amène trop à raisonner à partir d'oppositions et d'exclusions, alors que la vie est faite de relations duales ou multiples indissociables.
De ce point de vue, la culture chinoise a beaucoup plus l'habitude d'intégrer cette vision duale. Ceci lui est facilité par la langue chinoise elle-même dont les mots sont souvent construits en rapprochant des opposés (ou apparemment opposés selon notre culture occidentale)

 
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