10 févr. 2011

POUR ÊTRE PERFORMANT, IL FAUT INNOVER PEU ET LENTEMENT

Il ne sert à rien de courir
Classiquement, on croit que, pour qu’une entreprise soit plus performante, il faut qu’elle accélère son processus d’innovations et multiplie le nombre de ses lancements. Je crois au contraire qu’être performant, c’est souvent diminuer le nombre d’innovation et ralentir le processus ». Surprenant, n’est-ce pas ?
Comme je l’ai souvent écrit – et je ne suis pas le seul (voir notamment les livres de Jean-Louis Servan-Schreiber et ceux du philosophe Paul Virilio), nous confondons vitesse et performance, agitation avec efficacité. Nous avons tellement accéléré les rythmes que les événements se succèdent sans laisser le temps de les digérer et de réfléchir(1).
Ainsi nous croyons agir alors que souvent nous ne faisons que nous agiter. L’action vraie ou réelle est celle qui est capable de transformer durablement. Or la transformation est toujours un processus long et qui s’appuie sur les forces en présence et en action(2).
J’en arrive à l’innovation.
Quand j’emploie le mot innovation, je pense précisément non pas à des innovations superficielles et anecdotiques (comme changer un packaging, refaire une nouvelle publicité ou améliorer une formule),  mais bien à une innovation qui va porter le futur de l’entreprise et se développer progressivement. De telles innovations ne peuvent pas être trouvées dans la précipitation et une entreprise n’en pas besoin de beaucoup, ni de souvent pour réussir.
Prenons l’exemple d’Apple. Steve Jobs a assuré le redressement spectaculaire grâce pour l’instant à deux innovations : l’iPod et l’iPhone. L’iPad est un nouveau candidat dont on ne peut encore prévoir le succès réel. Pour le reste, c’est-à-dire l’offre PC, Apple n’a pas réellement innové depuis longtemps…
Voilà donc pourquoi je crois aujourd’hui que pour bien innover, ou plutôt réellement innover, il faut innover peu et lentement…
(1) Voir mes articles sur le temps
(2) Voir les écrits de François Jullien et singulièrement Conférence sur l’efficacité dont j’ai donné quelques morceaux choisis dans « Le grand général remporte des victoires faciles ».

9 commentaires:

Le Blog de Paule Orsoni a dit…

Eloge de la lenteur...alors même que tout est fait pour nous laisser croire qu'aller vite est la marque positive de l'action.Mieux vaudrait revenir à Descartes et son Discours de la Méthode qui nous conseille ,en son temps,d'"éviter la prévention et la précipitation"...Robert
Eloge du Dictionnaire également pour lequel il faut prendre le temps de vérifier la signification du mot "prévention" plutôt que de "cliquer" sur le net!!

Robert Branche a dit…

Le net - comme tous les outils en notre possession - est le meilleur et le pire, tout dépend comment on s'en sert. Grâce à lui, on peut aussi se promener lentement au hasard des rebonds et découvrir lentement de nouveaux paysages.
Le clic ne rime pas forcément avec précipitation...

Frédéric Mahé a dit…

Tout à fait d'accord, Robert. Innover de façon à ce que les gens puissent digérer l'innovation, se l'approprier, la manipuler. Innover pour innover, à toute vitesse, crée du stress et de l'immobilisme (comme en ce moment dans la fonction publique).

Et la plupart du temps, les prétendues innovations que j'ai vues passer n'étaient que des complexifications, ce qui est encore pire.

D'ailleurs, je doute que (malgré un discours de façade très agressif) les entreprises apprécient tant que ça l'innovation. Puisque justement une vraie innovation change des habitudes...

Anne Verron a dit…

Bonjour Robert,

Je sais la pertinence de vos idées et je les partage pleinement et profondément.

Encore une fois, votre billet m'y conforte.

Mais je reste dubitative.

Pourquoi?

Car la résistance au changement est connue depuis longtemps et pas qu'en entreprise. Pour l'assouplir, il me semble qu'un travail de longue haleine en effet doit être entrepris en se focalisant notamment sur un point.

Lequel? Je m'explique.

Les individus, et les organisations qui les "englobent", ont, je le crains, une peur quasi primaire et souvent non conscientisée profondément enfouie en eux. Sans verser dans une psychologie de pacotille, je crois que beaucoup ont encore une trop grande insécurité affective, elle-même liée à des carences affectives infantiles liées directement à celles de leurs propres parents et on peut remonter très loin dans les générations.

La résilience n'est pas qu'un concept utile pour adultes devenus autonomes et épanouis ayant surmonté un traumatisme grave.

Mon doute porte donc et peut-être trop hâtivement sur la capacité actuelle de beaucoup à accepter le changement d'où mon total accord avec votre idée d'une innovation "petite" et "progressive" afin d'avancer pas à pas pour que la dynamique prenne.

Je sais que notre société bouge ici et là, voire se transforme en profondeur.

D'un côté, je constate une adddict_attitude au toujours + rentable à court terme sans vision à long terme, et pas qu'économiquement. De l'autre, comme le dit en effet aussi Jean-Louis Servan-Screiber, j'observe un mouvement de fonds qui cherche un nouveau sens plus profond, plus lent, plus humain: mieux connecté à ce que chacun-e aspire.

Le rejet de la valeur travail en un l'un des signes.
La mode aux process RH, par ailleurs bénéfiques, utiles et légitimes, tels que la RSE ou le développement durable prenant en compte l'espace_temps de l'individu dans sa collectivité voire sa planète, sont d'autres signes encourageants.

Je crois que je vais me répéter mais j'ose le faire.

L'issue, la plus féconde à terme, se situe selon moi dans un accès à la culture au sens large et appelant chacun-e à la capacité, grâce à elle, de se libérer.

L'individu libéré engendrera une organisation libre, une entreprise performante, une démocratie réelle.

Je pressens que le débat ne fait que commencer:)

A vos plumes!

Anne Verro

Robert Branche a dit…

Merci pour votre commentaire et vos appréciations sur mon travail.
Oui, vous avez raison, pour résumer le tout en une expression populaire : "C'est pas gagné"... Je vais revenir d'ailleurs sur ce thème la semaine prochaine sur mon blog, ce en prenant appui sur une conférence récente de Michel Serres.
Je crois que ce changement va advenir car il est indispensable et inévitable, je pense même qu'il a déjà commencé. Il est indispensable et inévitable, car nous venons de sortir du néolithique (voir la semaine prochaine, je sais, je fais un teasing...) et que nous ne pouvons plus continuer comme avant..

Pierre a dit…

Robert, je suis d'accord avec le titre et la raison principale est que l'innovation ajoute de la complexite. Aupres des collaborateurs (et leur resistance au changement), aupres des forces de vente (qui doivent apprendre un nouveau discours pour pousser un nouveau concept) et aupres des clients (qui doivent accepter le nouveau concept). L'ajout permanent de complexite finit par gripper tous les processus de l'entreprise. C'est pour cela qu'il faut prendre en compte l'ajout de complexite au sens large du terme a chaque ajout d'innovation. C'est pour cette unique raison que Steve Jobs a fait un tel malheur: il minimise en permanence l'ajout de complexite. Regarde la taille des manuels, le tre petit nombre de versions des produits comme l'iPad par rapport aux offres de PCs, etc...
En resume: oui a l'innovation, non a la complexite.

Et pardon pour l'absence d'accents, je n'ai qu'un clavier US.

Pierre Haren

Robert Branche a dit…

Oui, Pierre, et c'est aussi le cas quand Steve Jobs présente ses lancements, un exemple de simplicité et de clarté (singulièrement le lancement de l'iPod)

H. a dit…

Personnellement je n'utiliserai ni « peu » ni « lentement » pour qualifier ce que doit être une innovation performante.
La véritable innovation ne se décrète pas; elle se recherche, se fait connaître et se fait accepter.

Le bon sens partagé n'est plus suffisant pour innover. Il faut une recherche massive, coûteuse, & frénétique. Par contre, à un carrefour technologique, le choix de direction doit être posé et réfléchi car ce choix engage à long terme.
Là où nous pouvons nous rejoindre, c'est sur le fait que ces décisions soient prises à la hâte, dans une perspective à court terme, voir dans une volonté de désuétude programmée.

Maintenant l'innovation doit se faire connaître largement et vite. De là viendra sa rentabilité et uniquement de là! L'histoire n'est qu'un éternel exemple de bonnes idées longuement mûries mais sacrifiées sur l'autel du monopole, de l'ignorance ou de l'incertitude.

Apple, un exemple d'innovation (lente)‽ Sony a inventé le lecteur nomade, Palm le téléphone tactile, IBM la tablette, il y a 10ans… Ces technologies étaient elles complexes? Non! Ils ne savaient pas susciter le besoin (sectaire) comme sait le faire la machine marketing ⌘ avec les inventions des autres!

Pour ce qui est de la complexité comme frein à l'acceptation de l'innovation je suis entièrement d'accord! Et une fois n'est pas coutume on peut citer M. Kalachnikov « Quelque chose de complexe n'est pas utile et tout ce qui est utile est simple. Toute ma vie, ce fut ma devise.. »

Concernant l'agitation névrotique du monde (de l'information), contrairement à l'utopisme d'Anne Verron,je la perçois comme un nouveau mode de propagande: une propagande par la « surcharge ».
"La nature a horreur du vide! Et bien ne laissons aucun espace pour que d'autres se fassent connaître, pour que d'autres idées émergent. Faisons de la moindre mise à jour (aveux de défauts), de la moindre annonce, un évènement majeur!" Plus personne ne digère l'information, plus personne ne prend de recul mais le message général reste : Laissez vous faire & consommez!

Robert Branche a dit…

@H
Je partage avec vous l'idée qu'une innovation doit se déployer rapidement et largement pour réussir. Mais avant cela, il faut d'abord que cette innovation est aboutie à la mise au point d'une réelle rupture.
Derrière le mot "rupture", je n'implique pas nécessairement une rupture technologique, même si cela peut aussi l'être : la montre swatch est autant une innovation majeure que l'iPhone ou Ambre Solaire.
La mise au point de telles innovations ne peut ni être rapide, ni se faire en grand nombre, car le succès suppose une compréhension fine de la situation actuelle, des problèmes en suspens, des mers potentielles (pour reprendre la métaphore de mon dernier livre), et des solutions que l'on peut apporter. C'est un processus long et compliqué.
Mais effectivement, une fois l'innovation est au point - et ce dans toutes ses dimensions, sans oublier le marketing client et la capacité à parler simplement pour reprendre la remarque de Pierre Haren -, alors oui, elle va de déployer rapidement et largement.
A nouveau pour reprendre la métaphore de l'eau, une innovation juste est une innovation qui fait sauter un barrage qui perturbait le cours d'un fleuve. Elle vient en l'enlevant permettre à l'eau de couler plus vite et mieux.
C'est pourquoi une innovation juste va se déployer vite, parce qu'elle va prendre appui sur la dynamique sous-jacente, sur l'énergie du problème pré-existant auquel elle apporte une solution.

 
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