27 sept. 2011

IL VA DEVOIR VIVRE DANS LA PEAU D’UNE AUTRE

L’habit ne fait pas le moine, et la peau non plus
Elle l’avait fui, deux fois. La première, elle était partie avec un amant. Après un accident de voiture, il l’avait reprise, torche vivante, et l’avait soignée. Elle en était sortie vivante, mais défigurée. La deuxième, elle s’était jetée par une fenêtre, et leur fille l’avait vue s’écraser dans le jardin.  Il ne s’en est jamais remis, et leur fille non plus.
Il aimait recoudre des poupées, et c’est lui qui allait l’être. Il ne voulait rien, rien de précis, avançait comme sa moto, trop vite et sans direction précise. Pour un cachet de trop, il a perdu le contrôle de ses sens, et, hasard de la vie, croisé le chemin qu’il ne fallait pas, celui de la fille apeurée. Du coup, il a perdu sa liberté, son identité, sa peau, et est rentré de force dans une autre, la sienne : il est devenu elle.
Il l’avait aimée, et croyait, par sa faute, détruite. Il vient de la retrouver, incroyablement belle, jeune et intacte. Comment pourrait-il se douter que cette « elle », parfaite et désirée, est en fait un « il », transformé et contraint ? Sa mort va « la/le » libérer.
Sa vie n’avait donc été qu’un enchaînement de malheurs. Pour rompre cette malédiction et se venger, pour effacer la plaie de son passé, il l’a enchaîné, recouvert d’une nouvelle peau et patiemment remodelé. Il a fait de lui, cette « elle » dont l’absence lui est insupportable. Il a confondu extérieur et intérieur. Il a imaginé que, de la contrainte, pouvait naître un nouvel amour. Il le paie de sa vie.
Il était né homme, il est maintenant elle. Il était né dans une peau, il se trouve dans une autre. « Il/elle » va devoir poursuivre sa vie. Comment se vivre femme quand on ne l’a jamais désiré ?
(Ce texte est la trace que m’a laissée le dernier film de Pedro Almodovar, La Piel que Habito)

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