26 sept. 2012

DE LA COLLECTIVITÉ À LA COLLECTION D’INDIVIDUS

Du capitalisme organisation au capitalisme cognitif ou de singularité (Démocratie 2)
Pour mieux comprendre la crise de l’égalité que vit actuellement notre société, Pierre Rosanvallon, dans ses derniers cours 2011 sur « Qu’est-ce qu’une société démocratique ? », caractérise ainsi les changements économiques advenus depuis cinquante ans : nous sommes passés du capitalisme organisation au capitalisme cognitif ou de singularité.
Que veut-il dire par là ?
Le capitalisme organisation des années soixante :
Le poids des idées de Keynes (poids de la demande, et donc de la redistribution), relayées par celles de John Kenneth Galbraith, Andrew Schonfield  et Peter Drucker ont dans les années 60 ont construit la vision d'une économie où l’entreprise est une institution permanente.
Les traits dominants de cette vision sont :
- La planification : elle est nécessaire, car le marché ne peut satisfaire aux conditions du développement.
- L’indépendance : vu leur taille, elles sont affranchies du poids de la bourse et de leurs actionnaires, ont peu à emprunter, et sont libres par rapport aux banques. Elles sont indépendantes de l’État, du marché et des actionnaires.
- La technostructure : elles sont tellement complexes que personne ne peut de l’extérieur contester leurs décisions. La technostructure garantit la performance, en l’enlevant aux individus, ce avec l’appui de la technologie et de la planification. Le pouvoir est passé de l’individu au groupe. La performance est liée à l’organisation, et non pas à la qualité des hommes : c’est avec des hommes ordinaires, que l’on arrive au succès, et il faut faire faire des choses extraordinaires à des hommes ordinaires. Le PDG lui-même n’est pas si important, c’est l’entreprise qui l’est.
- La collectivité : on est fier de s’abandonner à elle. L’écart de revenu est faible (Peter Drucker recommande un écart de 1 à 20), et peu d’actions sont distribuées. La maximisation du profit est le résultat de l’organisation, et non pas de la volonté des dirigeants. Ceci est repris par Raymond Aron en France qui dit que le taux de prélèvement fiscal de 55 à 60% sur les hauts revenus est acceptable, et n’a pas d’effet négatif. 

Dans cette conception, l’ouvrier est interchangeable, la performance collective, et il y a désindividualisation.
Le capitalisme contemporain : le capitalisme cognitif ou de singularité
Les idées des années soixante sont battues en brèche : il n’ y a plus de mobilisation de masse, mais un appel à l’individu, à la singularisation du travail, et la créativité individuelle est essentielle.
Les nouveaux traits dominants sont :
- L’innovation : il y a eu peu d’innovation pendant les Trente glorieuses, les entreprises exploitant les innovations précédentes, et la liste des grandes entreprises est restée très stable des années 50 aux années 80. Tout a changé dans les années 90.
- L’importance de la relation : le service et la relation avec le consommateur deviennent essentiels, l’accès à l’information primordial, ainsi que la notion de qualité
- l’individualisation : Les conditions de travail sont modifiées avec plus de souplesse (ce qui va avec la disparition du Plan en France), et il ne s’agit plus simplement d'appliquer des procédures, mais les prises d’initiative sont importantes. D’où le remplacement des qualifications (notion uniforme présente dans les conventions collectives) par des compétences (défini par le sociologue Denis Segrestin, dans les Chantiers du manager : « celui qui sait prendre les bonnes décisions pour faire face à l’imprévu »).

L’individu ne s’identifie plus à une classe de travail, mais il est singulier et doit s’investir de façon personnelle, et ses rémunérations sont individualisées.
(à suivre)

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