3 sept. 2012

NOUS EXTRAYONS SANS CESSE DES MÉTARÈGLES À PARTIR DE NOTRE EXPÉRIENCE

Si toutes les balles sont rondes, le fait d’être rond a un lien avec le fait de s’appeler une balle (Neurosciences 21)

Reprise de mon blog après ces quelques semaines de best of avec l’approfondissement du cours 2012 de Stanislas Dehaene sur le cerveau statisticien.
J’avais terminé lors de mon article du 19 juillet par un résumé des conclusions que Stanislas Dehaene en avait tiré, et singulièrement par le fait que notre cerveau construisait continûment une vision du futur probable et comparaît ce qu’il observait à cette vision préalable. (voir Nous ne percevrions le présent que comme écart par rapport à nos prévisions).
Revenons donc maintenant plus en détail sur les différents points.
D’abord, deux premiers commentaires essentiels dans cette analyse du cerveau statisticien :
-        La méthode de calcul suivie par notre cerveau l’amène à privilégier les solutions les plus simples : dès qu’il identifie un modèle explicatif qui correspond aux données observées, et rien d’autre, il le privilégie. Ainsi, il prend le contre-pied du proverbe Shadok, « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », et reprend un principe de raisonnement énoncé depuis l’Antiquité : « Une pluralité ne doit pas être posée sans nécessité », ou encore « Les entités ne doivent pas être multipliées au delà du nécessaire ». Nous sommes ainsi programmés pour aller vers la simplicité.
-        Notre cerveau ne sait pas s’en tenir aux faits observés : il ne peut pas s’empêcher de tirer des conclusions et des inférences, même quand il n’a pas assez de données. Voilà la justification scientifique de notre tendance naturelle à confondre corrélation et causalité, et toujours induire à partir de rien.
Mais, comment notre cerveau peut-il induire à partir de presque rien ?
Essentiellement parce qu’il ne se contente pas de tirer des conclusions à partir de ce qu’il observe, mais parce qu’il mobilise des règles apprises dans le passé : il est capable de transférer des règles et donc de progresser ainsi rapidement.
Par exemple, si l’on tire une boule bleue d’une urne, on ne peut rien en conclure dans l’absolu pour les tirages suivants. Mais si l’on a appris, par l’expérience, que les urnes ne contiennent toujours que des objets identiques, et de même couleur, on saura que les tirages suivants seront aussi des boules bleues.
C’est ce type de transfert d’expérience qui permet l’apprentissage du langage :
-        Étape 1 : un enfant est face à une ensemble de cinq objets, trois sortes de balles et deux sortes de tasses. Il apprend alors que trois s’appellent des balles et deux des tasses.
-        Étape 2 : il constate que les formes des balles et des tasses sont différentes, mais que toutes les tasses ont la même forme, ainsi que les tasses.
-        Étape 3 : il en conclut qu’à chaque nom, correspond une forme spécifique. Les « choses » ont une forme donnée qui les caractérise.
-        Étape 4 : il transfère ce savoir acquis à d’autres noms, et comprend qu’une girafe est un animal qui a une forme de girafe, qu’un crayon la forme d’un crayon, etc.
C’est le principe du méta-apprentissage : nous apprenons à apprendre ; chaque progrès nous transforme et facilite l’acquisition future.
Les Shadoks ne sont d’ailleurs pas en reste, et quand ils affirment que la notion de passoire est indépendante de celle de trou, ils énoncent une métarègle.
Cette capacité essentielle à tout apprentissage est directement liée au fait que notre cerveau est capable d’appliquer des inférences bayésiennes. C’est ce qui lui permet d’inférer les métarègles, et de les généraliser ensuite.
Mais bien sûr, ceci n’est pas sans inconvénient, car cela ne nous prédispose pas à l’inconnu et à la nouveauté : nous aurons toujours tendance à la lire, en y appliquant les vraisemblances et les règles issues de notre passé…
(à suivre)

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