11 sept. 2012

ON SAIT PLUS DE CHOSES QUE L’ON NE PEUT LE DIRE SPONTANÉMENT

Arriver à partager aussi la confiance que l’on a en soi (Neurosciences 26)
Retour au cours 2012 de Stanislas Dehaene…
La sagesse populaire soutient deux croyances :
-        La « sagesse des foules » : lorsqu’on demande à des personnes de juger du poids d’un bœuf, l’erreur sur la moyenne des réponses est moindre que la moyenne des erreurs de chaque personne.
-        Il vaut toujours mieux « dormir sur un problème » : plutôt que de se précipiter à chercher la bonne solution, il vaut mieux aller dormir, et le lendemain, on verra plus clair. Cet adage est la version longue de « tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de parler ».
Eh bien, les tests récents montrent que la sagesse populaire a raison :
-        À condition de pousser les participants à échanger entre eux, une réponse collective est meilleure que des réponses individuelles, et même que la meilleure d’entre elles.
-        Si l’on demande à quelqu’un de fournir après un certain intervalle de temps, une deuxième réponse, la moyenne des deux réponses est meilleure que chacune prise isolément, même si la deuxième est moins bonne que la première.
Ceci confirme que notre système nerveux a beaucoup plus d’informations que ce que nous utilisons consciemment. Le processus semble être le suivant :
-        Notre perception initiale saisit l’ensemble des données brutes accessibles.
-        A partir de celles-ci, nous construisons une distribution des interprétations possibles, chacune étant affectée d’un niveau de vraisemblance qui est la combinaison des faits bruts, avec les différentes indications ou sensations que nous recevons à un instant donné, passées comme présentes.
-        Cette distribution n’est pas conservée dans son intégralité, mais est échantillonnée, ce qui n’est pas sans inconvénient pour fiabiliser le choix final. Cet échantillonnage pourrait être une étape nécessaire aux traitements de données, en en diminuant le nombre.
-        Nous choisissons la décision la plus vraisemblable, tout en gardant en mémoire la distribution échantillonnée.
Ainsi si notre système nerveux ne nous « donne à voir », de façon consciente, qu’une seule interprétation du monde à un instant donné, d’autres réponses possibles ont aussi été traitées, et chacune avec un niveau de vraisemblance associée. Ce sont elles qui peuvent être mobilisées lors d’un deuxième choix.
En poursuivant ses analyses, Stanislas Dehaene montre que la perception est en fait un mélange de processus continus et discrets :
-        La sensation de savoir et d’avoir appris est un sentiment continu : je sais plus ou moins bien, je sais que je sais aussi…
-        La certitude de se souvenir est un processus discret : je sais et j’en suis sûr, je me rappelle ou pas
Notre conscience serait le fruit d’un mélange entre convictions discrètes et sentiments continus, de savoirs affirmées et de courbes de connaissance plus modulées.
Tout ceci nous permet non seulement de discuter de nos convictions, et mais aussi d’échanger sur nos niveaux de confiance, et d’être ainsi plus forts ensemble.
Faut-il en déduire que le cerveau humain aurait évolué pour rendre nos courbes de confiance internes accessibles et communicables à d’autres personnes, de manière à permettre une inférence Bayésienne collective ?
Est-ce la version évoluée et infiniment plus puissante de la danse des abeilles, danse qui leur permet des décisions collectives et de choisir le meilleur emplacement pour une nouvelle ruche ? (voir Émergence : de la fourmi à la fourmilière, de l’abeille à la ruche)
(à suivre)

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