11 oct. 2012

LE MOI EST LE SEUL CONTENU DU SOI QUE NOUS PUISSIONS CONNAÎTRE

A la recherche des deux inconnus : celui du monde intérieur, celui du monde extérieur
Patchwork tiré de la lecture de deux livres de C.G. Jung, la Dialectique du Moi et de l’inconscient, et Ma vie
Le territoire « connu » du « moi » et de la persona
J’entends par Moi un complexe de représentations formant, pour moi-même, le centre du champ conscienciel, et me paraissant posséder un haut degré de continuité et d’identité avec lui-même… Mais le Moi n’étant pas le centre du champ conscienciel ne se confond pas avec la psyché ; ce n’est qu’un complexe parmi d’autres. Il y a donc lieu de distinguer le Moi et le Soi, le Moi n’étant que le sujet de ma conscience, alors que le Soi est le sujet de la totalité de la psyché, y compris de l’inconscient.
La persona est un ensemble compliqué de relations entre la conscience individuelle et la société ; elle est adaptée aux fins qui lui sont assignées, une espèce de masque l’individu revêt ou dans lequel il se glisse ou qui, même à son insu, le saisit et s’empare de lui, et qui est calculé, agencé, fabriqué de telle sorte parce qu’il vise d’une part à créer une certaine impression sur les autres, et d’autre part à cacher, dissimuler, camoufler, la nature vraie de l’individu. (p.153-154)
Le monde inconnu du « soi »
Nous procédons toujours de l’idée simpliste que nous sommes le seul maître dans notre propre maison. Notre compréhension doit d’abord se familiariser avec la pensée que, même dans la vie la plus intime de notre âme, tout se passe comme si nous vivions dans une espèce de demeure qui, pour le moins, présente des portes et des fenêtres qui ouvrent sur un monde dont les objets et les présences agissent sur nous, sans que nous puissions dire pour cela que nous les possédons.
L’inconnu se divise en deux groupes d’objets : ceux qui sont extérieurs et qui seraient accessibles par les sens et les données qui sont intérieures et qui seraient l’objet d’une perception immédiate. Le premier groupe constitue l’inconnu du monde extérieur ; le second, l’inconnu du monde intérieur. Noud appelons inconscient ce dernier champ.
Ainsi nous pouvons, par exemple, sans difficultés, nous voir sous les traits de notre persona. Mais cela dépasserait nos possibilités et nos virtualités de représentation que de nous discerner en tant que Soi, car cette opération mentale présupposerait que la partie puisse embrasser le tout. Il n’y a pas lieu d’ailleurs de nourrir l’espoir d’atteindre jamais à une conscience approximative du Soi ; car, quelque considérables et étendus que soient les secteurs, les paysages de nous-même dont nous puissions prendre conscience, il n’en subsistera pas moins une masse imprécise et une somme imprécisable d’inconscience qui, elle aussi, fait partie intégrante de la totalité du Soi. De sorte que le Soi restera toujours une grandeur, une entité « sur-ordonnée ».
Quand on parvient à percevoir le Soi comme quelque chose d’irrationnel, qui est, tout en demeurant indéfinissable, auquel le Moi ne s’oppose pas et auquel le Moi n’est point soumis, mais auquel il est adjoint et autour duquel il tourne en quelque sorte comme la terre autour du soleil, le but de l’individuation est alors atteint. J’utilise à dessein l’expression « percevoir le Soi » pour bien marquer combien la relation du Moi au Soi relève de la sensation. A ce sujet, nous ne saurions en connaître davantage, car nous ne pouvons absolument rien dire des contenus du Soi. Le Moi est le seul contenu du Soi que nous puissions connaître. Le Moi qui a parcouru son individuation, le Moi individué, se ressent comme l’objet d’un sujet qui l’englobe.
La mémoire intérieure
Cette image intrapsychique ou imago procède d’une double appartenance, les influences des parents d’une part et les réactions spécifiques de l’enfant d’autre part ; elle est donc une image qui ne reproduit son modèle que de façon fort conditionnelle. L’être naïf n’en porte pas moins naturellement en lui la conviction que ses parents sont tels qu’il se les représente et qu’ils se confondent à l’image qu’il s’en fait. L’image intérieure se trouve inconsciemment projetée et, lorsque les parents viennent à mourir, elle demeure active et dynamique, comme si elle était un esprit existant en soi. Les primitifs parlent alors d’esprits des morts qui reviennent les hanter la nuit (les « revenants ») ; les modernes, eux, appellent cela le complexe du père et de la mère.
Christ et Bouddha, deux figures reconstruites
Le Christ aussi - comme le Bouddha - est une incarnation du Soi, mais dans un sens tout différent. Tous deux ont dominé en eux le monde : le Bouddha, pourrait-on dire, par une compréhension rationnelle, le Christ en devenant victime selon le destin ; dans le christianisme cela est plutôt subi : dans le bouddhisme cela est plutôt contemplé et fait. L'un et l'autre sont justes ; mais dans le sens indien, l'homme plus complet, c'est le Bouddha. Il est une personnalité historique et par conséquent plus compréhensible pour l'homme.
Plus tard il s'est produit dans le bouddhisme la même transformation que dans le christianisme : le Bouddha devint, pour ainsi dire, l'imago de la réalisation du Soi, un modèle que l'on imite, alors que lui-même avait proclamé qu'en arrivant à vaincre la chaîne des nidânas, chaque individu peut devenir l’illuminé, un bouddha. Il, en va de même dans le christianisme. Le Christ est le modèle qui vit dans chaque chrétien, expression de sa personnalité totale.

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