20 déc. 2013

RENCONTRES ET ENVOL

Singapour (2)
Des doigts me regardent immobiles. Pourquoi moi ? Pourquoi ici ?
Je croyais me trouver dans un jardin protégé, j’imaginais que la voute de verre qui nous enveloppe était là comme une gardienne.
Il n’en est rien. Au contraire. Elle est là pour eux, ces doigts végétaux qui sont sortis de terre pour se saisir de moi.
Je sais que je devrais m’écarter, qu’à trop les regarder, jamais je ne pourrai repartir. J’aurais dû comme Ulysse me faire attacher à un mât pour ne pas céder à leur chant, mais il est trop tard pour moi.
Je suis perdu. Jamais je ne sortirai de cette verrière immense. Jamais plus…
Casse-croûte au zoo de Singapour.
Ici on partage, on ne mange pas en solitaire.
On n’a beau être paresseux ou chauve-souris, on ne fait pas le difficile, et ce bouquet de légumes, on ne cherche pas à se l’approprier pour soi seul. C’est tellement plus amusant de manger à deux.
A moins que ce ne soit un couple. Pourquoi pas après tout ? Pourquoi ne pas les laisser libres de s’aimer ? Pourquoi interdire à un paresseux de tomber amoureux d’une chauve-souris ?
Doucement, discrètement, conscient de n’être qu’un intrus voyeur de passage, je me recule, m’esquive et les laisse à leur dialogue buccal et sensuel…
Toujours plus haut.
L’élastique fait son office brutalement. Ils sont télescopés dans le ciel. Ils montent verticalement.
Je sens mon ventre se nouer, la pression de la gravité est en moi aussi, et je m’envole aussi.
Mais je ne reste pas dans la nacelle, les courroies ont lâché, et bientôt la ville de Singapour n’est plus qu’un point.
Loin, loin, loin de là haut, je regarde là où je ne suis plus…

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