4 janv. 2016

ON NE GAGNE PAS AU GO EN FAISANT DES PRÉVISIONS

Savoir se centrer sur ce que l'on fait
Arrêtons-nous pour regarder comment procède un bon joueur de go (qu'est-ce que le go ?).
Comme le damier est composé de 19 lignes et 19 colonnes, soit donc 361 intersections, et que chaque joueur a 180 pions, le nombre de combinaisons théoriquement possibles est considérable. L'incertitude est donc forte et cela fait bien sur du plaisir du jeu.
Que fait donc ce joueur ? Est-ce qu'il focalise son énergie sur le calcul de probabilités ? Essaie-t-il de limiter cette incertitude ? Cherche-t-il à modéliser les futurs possibles ?
Non. Il se focalise sur ce qu'il peut faire, sur les pions qu'il pose. Il a en tête un dessin qu'il va chercher à mettre en œuvre : ce dessin est une perspective qui oriente ses choix, mais ne constitue pas une forme précise ; viser ce dessin est son dessein. Pion après pion, il est préoccupé par ses degrés de liberté : il cherche à construire un ensemble le plus solide possible et le plus « résistant » à toute attaque.
Il ne se préoccupe pas vraiment de ce que fait son adversaire, ou, du moins, pas tant que cela ne vient pas interférer dans son propre dessein.
Souvent il ne gagnera que par l'effet et la puissance de la forme qu'il a dessinée.
Pourquoi ne pas faire de même en entreprise ? Pourquoi s'épuiser à vouloir prévoir l'évolution de son marché ? Pourquoi construire des tableaux excel avec de multiples « macro » (ces fameuses règles de calcul « automatiques » qui vont tout actualiser et tout relier), et, à partir de la situation actuelle, itérer pour produire un futur théorique et représentatif uniquement des hypothèses mises ?
Comment imaginer que l'on pourra obtenir une prévision fiable avec un damier est infini, un nombre de dimensions bien supérieur à 2, des acteurs fluctuants ? Prévoir le temps est un jeu d'enfants à côté !
Pourquoi ne pas se centrer sur ce que l'on veut faire – son dessein – et sur ce que l'on peut faire ? Pourquoi ne pas chercher « simplement » à se rapprocher de son objectif tout en renforçant la solidité de son entreprise face aux aléas, sa résilience ?
Et s'il faut fournir une prévision pour son marché – le monde financier vit encore dans l'illusion des prévisions –, ne pas y passer trop de temps…

6 commentaires:

Marie-Christine PESSIOT a dit…

C'est exactement cela : j'ai fait venir dans mon groupe Germe, récemment, un maître en jeu de Go et c'était riche de sacrées leçons si l'on accepte d'en transposer les principes dans nos modes de gestion de nos projets, quels qu'ils soient!!
Merci, Robert, pour tes éclairages toujours très pertinents!

Bertrand LEPINOY a dit…

Bien vu Robert,
Toujours mettre la priorité sur la recherche de sens à nos projets, avec bon sens, dans un souci permanent de cohérence..!
Amitié, Bertrand

Antoine de Maricourt a dit…

Un joueur de Go tente bien évidemment de prévoir le cours du jeu (= comprendre la stratégie de son adversaire pour le surmonter) et ne se contente pas de construire des formes robustes sans se préoccuper de son adversaire. Sinon il aura perdu avant d'avoir eu la moindre chance de gagner...

Quant aux calculs probabilistes, pour filer l'analogie avec le Go, il est assez amusant de constater que, jusqu'au début des années 2000, la plupart des programmes qui jouaient au Go avaient un niveau très médiocre. Au début des années 2000, des techniques probabilistes ont été utilisées (poussées par un courant français d'ailleurs) et cela a permis une avancée très significative dans le niveau de jeu des machines. Comme quoi, faire un programme qui n'avait aucune "compréhension" du jeu et se contentait de faire des centaines de milliers de simulations en sélectionnant de façon probabiliste l'option qui paraissait la meilleure jouait nettement mieux que les programmes antérieurs dans lesquels on avait fait énormément d'effort pour intégrer des connaissances d'expert (dont la robustesse des formes). Les meilleurs programmes utilisent maintenant tous ce genre de techniques et commencent à rivaliser avec les meilleurs joueurs humains. Cela a été une véritable rupture. Comme quoi on gagne bien au Go en faisant des simulations et avec une approche purement statistique...!

charbel a dit…

Si je comprends bien le raisonnement, je ne vois pas en quoi il a pour conséquence la conséquence qui est tirée : une machine peut adopter une stratégie qui n'est pas à la portée d'un joueur en situation et un joueur une stratégie qui n'est pas gérable par une machine. Non, à mon avis, l'information sur les probabilités n'infirme pas la thèse de Robert Branche, que je salue.

En revanche, on est bien obligé de jeter un coup d’œil sur ce que fait l'adversaire, sans en faire une stratégie

Monique Pierson a dit…

Un vrai plaisir que de découvrir cet article et les commentaires qui l'accompagnent.
J'irai même un peu plus loin que Charbel en me demandant pourquoi il faudrait choisir entre 2 thèses; la recherche de la synthèse n'est-elle pas préférable, ne se révèle-t-elle pas toujours plus riche ?
J'en ai donné quelques exemples dans un post sur mon blog :
http://www.moniquepierson.com/?p=39
et serai ravie de me trouver challengée à ce propos.
Bien cordialement,
Monique PIERSON

Tru Dô-khac a dit…

Bonjour,
le jeu de mots entre dessin et dessein est élégant.
Je l'avais repris d'un consultant en organisation pour pimenter l'article "Le design management pour innover en entreprise" (Le Cercle Les Echos 7 mai 2013 [1]

La photo semble également reflétée une partie réelle.

Bien cordialement
Tru Dô-Khac


[1] accès libre sur le web ouvert, avec la mention de ce consultant.

 
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