30 déc. 2008

QUAND LA CONSCIENCE PERD LE NORD

Ce que manipule la conscience, ce n’est pas le réel, mais des représentations construites à partir du réel, de son expérience passée et des informations disponibles sur la situation actuelle. C’est cette interprétation qui servira de support à l’action.
Pour la conscience, le réel n’existe pas en tant que tel, seules comptent les interprétations.
Un esprit sain est un esprit qui est capable d’intégrer dynamiquement dans son processus interprétatif toute évolution du réel.

Plusieurs phénomènes peuvent amener à construire des interprétations erronées.

L’existence d’une activité inconsciente peut perturber le processus conscient.
Par exemple, si nous sommes soumis à une information subliminale, le traitement inconscient de cette information peut enclencher une réponse automatique, c’est-à-dire non consciente. Nous serons conscients de cette action, mais, ne sachant pas ce qui en est la cause, nous ne pourrons pas l’interpréter correctement. Nous allons alors construire a posteriori une interprétation qui sera nécessairement fausse.
Prenons l’expérience rapportée par Lionel Naccache dans Le Nouvel Inconscient et menée par un chercheur, Michaël Gazzaniga, sur un patient atteint de déconnexion interhémisphérique : dans cette maladie, l’hémisphère droit est incapable de communiquer avec l’hémisphère gauche.
L’expérience a été la suivante : à la gauche de l’écran situé devant le patient, est apparu pendant quelques dixièmes de seconde l’ordre verbal « Marchez ». Il s’est alors levé et déplacé : l’ordre lu par l’hémisphère droit venait d’être exécuté, mais, à cause de la maladie, l’hémisphère gauche, qui assure notamment la maîtrise du langage, n’était pas informé de l’existence de cet ordre et donc ne pouvait pas savoir pourquoi il s’était levé. Gazzaniga lui demanda alors : « Où allez-vous ? ».
Au lieu de lui dire qu’il ne savait pas pourquoi, le patient lui répondit du tac au tac : « Je vais à la maison chercher un jus de fruits. » : il venait d’élaborer une interprétation consciente qui lui permettait d’attribuer une signification à son comportement. Plutôt que de répondre : « Je suis en train de sortir de cette pièce mais je ne sais pas du tout pourquoi, comme c’est curieux tout de même ! », le patient avait construit immédiatement une interprétation de son comportement, mais sans se rendre compte que cette interprétation en était une.

Si, pour une raison ou pour une autre, nous n’intégrons plus une modification du réel, nous allons construire de fausses interprétations.
Cela peut aller jusqu’à nous enfermer dans un monde fictif et inaccessible à autrui.
Prenons un autre cas rapporté par le neurologue Eduardo Bisiach et relaté par Gerald Edelman dans Biologie de la conscience.
Il s’agit d’un patient qui n’était plus conscient de sa moitié gauche. Lui montrant sa main gauche paralysée, il lui a demandé à qui elle appartenait. La réponse fut : « A vous »
Et quand il lui fut demandé comment il expliquait que l’examinateur puisse avoir trois mains, la réponse fut « simple » : « Étant donné que vous avez trois bras, il s’ensuit que vous avez trois mains. »

Ainsi face à une situation dont une partie des données lui manquait – la partie gauche de son corps n’existe pas –, il avait réorganisé ses connaissances et bâti une nouvelle interprétation qui, dans sa logique, était cohérente : puisque lui n’avait qu’une main, cette « nouvelle » main ne pouvait qu’appartenir à l’examinateur, et, comme une main sans bras n’existe pas, un troisième bras aussi.

Ainsi l’interprétation peut aller jusqu’à violer les contraintes du réel...
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(EXTRAIT DU LIVRE NEUROMANAGEMENT)

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