22 déc. 2008

VIVE LES GAUCHERS COMPLÉTÉS !

Diriger suppose de comprendre une réalité paradoxale : d’une part que la rationalité apparente n’est qu’un leurre, puisque les phénomènes cachés sont prépondérants ; d’autre part que la prise en compte du réel et la volonté collective sont nécessaires pour la survie.
Si le dirigeant arrive à cet équilibre, il pourra se centrer sur le nouveau, l’imprévu, l’interprétation du complexe, les signaux faibles, le réexamen des systèmes, la reconfiguration de l’entreprise…
Quel profil alors pour ce dirigeant ?
Je crois qu’il y a deux écueils à éviter :
- le guru mystique qui confond inconscient et irrationnel, qui n’est préoccupé que des approches interprétatives, qui ne s’intéresse ni aux systèmes opérationnels, ni à la mesure de la performance économique,
- le rationnel mécanicien qui pense que le réel n’est que ce qu’il voit, que les équations mathématiques peuvent être des photographies fiables, qu’une bonne analyse conduit à une solution unique.
Il faut un hybride entre historien sociologue et scientifique pragmatique : historien sociologue pour l’importance des interprétations et l’acceptation du complexe caché, scientifique pragmatique pour la recherche des règles sous-jacentes et le refus de l’irrationnel dogmatique.
Finalement je retrouve là le thème central de Michel Serres dans le Tiers Instruit : l’importance des contraires et de la diversité. Comme il le dit si joliment, il est bon pour un gaucher de devoir écrire de la main droite, car il n’est pas contrarié, mais complété.
Ainsi de la même façon, contrarions l’historien en l’obligeant au raisonnement scientifique et contrarions le scientifique en l’obligeant à admettre la réalité de ce qu’il ne voit pas. Ils seront tous deux complétés et pourront être des neuromanagers capables de tirer parti des inconscients de leurs entreprises…
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(EXTRAIT DU LIVRE NEUROMANAGEMENT)

3 commentaires:

Anonyme a dit…

bonjour,
qu'est-ce qu'on attend pour " compléter " tous les droitiers en les obligeant à écrire de la main gauche ?
signé : un gaucher non contrarié et non complété, lassé du discours insidieux sur les gauchers " incomplets " donc inférieurs aux droitiers !!

Robert Branche a dit…

Mais oui bien sûr, il faut que chacun se complète de l'autre !
Ne faites pas de contre-sens à la lecture du titre : je suis moi-même gaucher, et il n'y a aucune attaque pro-droitière !
Ce titre vient de la conclusion du livre de Michel Serres "Le Tiers-Instruit".

Je le cite plus complètement :
"Quoique né gaucher, j'écris de la main droite, et le bonheur de vivre un corps ainsi complété ne m'a jamais quitté de sorte que je supplie encore les instituteurs, non de contrarier, comme on le dit aujourd'hui, mes compagnons de bâbord, mais de leur donner un immense avantage et d'harmoniser leurs corps en les obligeant à tenir le crayon dans la main droite, complémentaire. Et, par symétrie, de compléter de même les droitiers".

Anonyme a dit…

Gaucher complété et heureux de l'être, je vois ce que j'écris, je n'ai pas besoin de tordre ma main pour éviter de pousser le stylo, je ne suis ni bègue, ni dyslexique et je choisis ma main en fonction de l'objet ou de la situation. Bref, je suis presque toujours "à ma main" sans pour autant être ambidextre. Mais je regrette de vivre dans un monde dogmatique qui refuse toute "contrariété" alors qu'il ne s'agit que d'un effort initial très largement récompensé. Le pire de tout est le corps enseignant, qui refuse de donner la moindre chance à votre enfant de devenir un gaucher complété.

Alexandre