11 sept. 2009

LES CONSÉQUENCES DE L’APPARITION DE L’ÉCRITURE ÉTAIENT ÉVIDENTES DÈS LE DÉPART

Quand un petit génie a tout compris du fin fonds de sa caverne

Comme à son habitude, Jojo était assis au fonds de la caverne. Son père le regardait dessiner d'abord sur le sol, puis sur la paroi.
« Il n'y a pas à dire, Jojo, question dessin, c'est vraiment le plus fort, dit-il en se tournant vers sa compagne. Dommage qu'il ne puisse pas parler. »
Jojo leva la tête et regarda à son tour son père.
« Je suis sûr qu'il pense que je ne fais que des dessins, pensait-il. Comment lui faire comprendre que ce ne sont pas seulement des traits, mais des idées. »

Jojo allait bientôt avoir 15 ans. 15 ans sans pouvoir s'exprimer vraiment. Pour faire comprendre qu'il avait faim ou soif, pas de problème. Mais pas moyen de participer à une conversation ou à la vie de la caverne. Muet de naissance, il était muré dans son silence. Du coup, tout le monde – sa famille y compris – pensait qu'il ne comprenait pas quand on lui parlait.

Et ce n'était pas le cas. Jojo comprenait tout ce que l'on disait. Il avait progressivement fait le lien entre les sons et ce qu'il voyait. Comme il ne pouvait pas parler, comme les sons étaient pour lui moins immédiats que les dessins, ils voyaient les gens parler : à chacun des sons, il avait associé un signe. Aussi quand quelqu'un parlait, il dessinait dans sa tête, et parfois aussi sur le sol. Comme en ce moment. Quand Jojo dessinait, c'étaient les paroles de son père qu'il reproduisait.

Là où Jojo enrageait, c'est que personne ne comprenait ce qu'il était en train de faire. Grâce à ses dessins, Jojo pouvait retrouver plusieurs jours après ce que son père avait dit. Lui-même, il pouvait noter ce qu'il aurait dit, faire des commentaires sur les propos des autres.
Rapidement, Jojo avait vu que ces dessins sur le sol étaient trop volatiles : un membre de la famille passait dessus et plus rien n'était compréhensible. Aussi il préférait faire des dessins sur les murs. Plus sûr. Ou alors sur des pierres plates qu'il rangeait ensuite.
Jojo avait une vue très claire de ce qui allait se passer : les signes qu'il avait inventés allaient révolutionner la communication. Avec eux, le stockage devenait possible ; on pouvait se parler à distance, car il suffisait de transporter les pierres. Il entrevoyait l'émergence de nouveaux métiers : ceux qui allaient écrire pour les autres, ceux qui allaient fabriquer ces pierres plates sur lesquelles on pouvait graver facilement et ensuite les transporter.

Il imaginait même que plutôt qu'échanger toute de suite de la viande mammouth contre des peaux d'ours, on pourrait noter sur une pierre que l'on devait pour la viande. Dans ses rêves les plus fous, Jojo imaginait que l'on pourrait donner des pierres gravées en échange du mammouth. Ensuite contre ces pierres, on pourrait obtenir autre chose quand on le voudrait.
Penser à tout cela mettait Jojo dans un état d'excitation maximum : il voyait le futur. Il se sentait devenir devin. Et son père qui croyait qu'il ne faisait que s'amuser à faire des dessins. Comment lui faire comprendre que ces dessins, c'étaient des paroles ?

L'année suivante, Jojo eu un petit frère. Il sut alors qu'il tenait sa solution : son petit frère allait lui servir de traducteur et expliquer à tous le sens de ces dessins. Jojo, rasséréné enfin, se remit à penser au futur : il était plus que temps d'acheter des carrières de pierre avant que le prix n'explose suite à la demande en tablettes…

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