24 févr. 2010

L’ « ANOREXIC MANAGEMENT »

Comment faire face à l'incertitude sans réserves ?

Quand on évalue une performance, on met en regard les dépenses allouées et les résultats obtenus. Puis on cherche à comprimer les coûts en supprimant ceux qui sont les moins productifs.

Ceci présente deux risques majeurs :
- La mort comme résultat ultime de la règle magique des 80/20 : quoi que j'observe, je vais constater que 80% du résultat est obtenu avec 20% des efforts faits. Si l'on zoome, on constate que les derniers 5% ont un impact très faible. Alors arrive la question inévitable : pourquoi l'entreprise ne supprime-t-elle pas ces efforts qui ne sont pas rentables ? Si elle le fait et qu'un an plus tard, on mène la même étude, on identifiera à nouveau 5% d'efforts « inefficaces ». Que fait-on ? Coupe-t-on aussi ces efforts là ? Si oui, il n'y a aucune raison que cela s'arrête, et, on va par étapes vers le système le plus productif, le seul qui ne consomme aucune ressource inefficacement : la mort. C'est ce que l'on appelle aussi le « syndrome du wagon de queue » : quoique je fasse, il y en aura toujours un.

- La rigidité comme résultat de la cure d'amaigrissement : quand on mesure les résultats obtenus ou attendus, on n'est incapable par construction de prendre en compte ce qui n'est pas prévu. On va ainsi considérer comme non productif tout ce qui ne peut pas être relié à un bénéfice connu. L'application brutale et sans discernement de l'amélioration de la productivité va supprimer tout ce qui est flou et non-affecté, et rendre l'entreprise cassante : elle sera dépourvue des redondances et du flou indispensable à sa résilience.
Faut-il « jeter aux orties » toute approche de productivité et toute réflexion sur l'adéquation entre moyens et résultats ? Non, bien sûr, mais elle ne doit porter que sur la part « hors flou », et intégrer que ce qui est observé n'est que la partie émergée d'un iceberg.

J'ai parfois l'impression que, comme pour les mannequins qui meublent les magazines de mode, on fait l'éloge de la maigreur excessive : il n'y a qu'un pas du lean management à l' « anorexic management » !

(à suivre)


5 commentaires:

Frédéric Mahé a dit…

Brillante analyse de cette course à la si vantée ""maigreur managériale. En effet, le seul système vraiment efficace à 100% c'est la mort. Il est inquiétant de voir qu'aujourd'hui cette maigreur est à la fois exhibée dans les défilés de mode et prônée par nos dirigeants politiques et économiques, c'est vraiment l'air du temps.

On voit bien que cette mode ne s'arrêtera que quand tout le monde sera mort à la tâche - et sans résultats !

Yann a dit…

En biologie la problématique semble assez proche, une adaptation imparfaite contraint à évoluer ce qui est favorable à la survie. Une adaptation parfaite, c'est à dire une hyperadaptation devient fatale en cas de modification du milieu. Le piège est que l'hyperdaptation est plus efficace dans des conditions de vie stables et aura donc tendance à ếtre sélectionnée dans ces périodes mais au prix de "dégâts" considérables en cas de changements.

Robert Branche a dit…

Tout à fait ! Dans mon nouveau livre à paraître en mai, je commence par un panorama incluant la biologie et j'y parle de l'importance du flou et du chaos, comme capacité à s'adapter aux aléas externes.

Dominique a dit…

Analyse tout à fait en accord avec l'interprétation du monde des dieux grecs selon L.Ferry dans la suite de JP Vernant selon laquelle le monde ordonné des dieux counduit à la mort sans l'existence du chaos. Reste le problème du dosage ...
Dominique

Robert Branche a dit…

Le dosage est effectivement essentiel : il faut maintenir une part de flou qui correspond au minimum de "gras" donnant la fluidité suffisante. Cette part doit être évaluée en fonction du degré d'aléa du métier et du niveau de marge.
Sur le reste, on peut alors faire de la productivité

 
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