Qui sommes-nous ?
Petit florilège tiré des
dernières émissions de « Sur les épaules de Darwin » de Jean-Claude Ameisen
Magie, attention et anticipation
Concernant les tours de magicien,
nous ne regardons plus sa main, mais nous suivons son regard qui nous indique
où il vient de lancer la balle hypothétique : « L’empathie, cette extraordinaire capacité que nous avons de nous mettre
à la place de l’autre, de vivre en nous ce que va vivre l’autre, d’anticiper ce
que va vivre l’autre, d’anticiper ses intentions, ses attentes, de les
devancer, de nous les approprier, de nous projeter dans son futur, nous fait
perdre de vue le présent. »
Ainsi, « notre conscience est toujours en retard par
rapport à ce que nous vivons comme l’instant présent, mais elle est aussi
paradoxalement souvent projeté dans ce qui va suivre. Ce que nous appelons
l’instant présent est en partie une souvenir du passé et une anticipation de
l’avenir, entre le déjà plus et l’encore à venir. ( …) (Nous vivons)
entre mémoire et attente, entre souvenir et désir »
Alors « ce qui est déjà dans
notre inconscient surgira plus vite qu’un évènement nouveau qui le rappelle. (…)
Ce temps incorporé colore l’idée que nous nous faisons du présent, (…) et le
moi est plus vaste que le narrateur qui dit je »
« La mémoire ne nous parle pas que d’hier, elle nous parle aussi
d’aujourd’hui et de demain. (…) Se projeter dans l’avenir, c’est toujours
interpréter le passé, car toute prédiction, même la plus rationnelle, même la
plus scientifique, est toujours fondée sur une extrapolation à partir des
enseignements que nous avons pu tirer des régularités cachées de l’histoire, de
notre histoire. »
Perception, attention et énergie
sombre
C’est la succession d’évènements
prévisibles qui rend la perception du premier évènement comme plus long que les
suivants (par exemple : une suite 1, 2, 3, 4, 5, …), et s’il y a un
chiffre inattendu, il paraîtra être resté plus longtemps. Nous décryptons donc
constamment les régularités et les irrégularités de ce que nous observons. Si
nous arrivons à prédire, nous contractons la perception du temps.
La neuroimagerie mesure la
consommation d’énergie, et sa variation par rapport à une attention. On a pu
mettre en évidence que, indépendamment de toute focalisation, lorsque l’on
laisse notre esprit vagabonder, on consomme plus de 80% d’énergie. Ce plus de
80% a été appelé l’énergie sombre du cerveau, c’est notre mode de
fonctionnement par défaut, notre identité, nous…
L’énergie sombre semble
harmoniser toutes les zones du cerveau. L’attention ne fait qu’augmenter de 5%
les dépenses d’énergie.
Plus un évènement est régulier,
plus l’attention se synchronise avec les vagues de fonds, et plus notre esprit
peut vagabonder…
Sommeil
Au sommeil du monde animal,
correspond la vie suspendue des végétaux : les graines dans le sol, les
feuilles qui se ferment la nuit, les arbres pendant l’hiver, et l’hibernation
des animaux. Un état de vie suspendu où la vie diminue ses interactions avec le
dehors, quand les conditions sont défavorables. Comme le sommeil est un point
commun, il doit avoir un rôle essentiel pour l’intégration de ce qui a été
vécu.
« Il ne faut pas dire : Je m’éveille, mais : il y a éveil – car le Je est
le résultat, la fin. » (Paul Valéry. Cahiers [cité dans : Daniel
Heller-Roazen. Une archéologie du toucher])
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