11 mai 2009

LE BIEN, COMME LE MAL, N’A PAS DE SENS…

Patchwork issu du livre de Gilles Deleuze « SPINOZA PHILOSOPHIE PRATIQUE »

Sur la conscience :

« Nous ne sommes conscients que des idées que nous avons, dans les conditions où nous les avons… Il est faux que le soleil soit à deux cents pieds, mais il est vrai que je vois le soleil à deux cents pieds… Nous n'avons conscience que des idées qui expriment l'effet des corps extérieurs sur le nôtre, idées d'affections… Nous recueillons seulement « ce qui arrive » à notre corps, « ce qui arrive » à notre âme, c'est-à-dire l'effet d'un corps sur le nôtre, l'effet d'une idée sur la nôtre… Puisqu'elle ne recueille que des effets, la conscience va combler son ignorance en renversant l'ordre des choses, en prenant les effets pour les causes (illusion des causes finales)… Là où la conscience ne peut plus s'imaginer cause première, ni organisatrice des fins, elle invoque un Dieu doué d'entendement et de volonté… La conscience est seulement un rêve les yeux ouverts. C'est ainsi qu'un petit enfant croît désirer librement le lait, un jeune garçon en colère vouloir la vengeance, un peureux la fuite… Nous ne tendons pas vers une chose parce que nous la jugeons bonne, mais au contraire, nous jugeons qu'elle est bonne parce que nous tendons vers elle. »

Sur le Bien et le Mal :

« Le Bien, comme le Mal, n'a pas de sens. Ce sont des êtres de raison, ou d'imagination, qui dépendent tout entiers des signes sociaux, du système répressif des récompenses et des châtiments… Parce qu'Adam est ignorant des causes, il croît que Dieu lui interdit moralement quelque chose, tandis que Dieu lui révèle seulement les conséquences naturelles de l'ingestion du fruit. Tous les phénomènes que nous groupons sous la catégorie du Mal, les maladies, la mort, sont de type : mauvaise rencontre… Il n'y a pas de Bien, ni de Mal, mais il y a du bon et du mauvais… Bon et mauvais ont donc un premier sens, objectif, mais relatif et partiel : ce qui convient avec notre nature, ce qui ne convient pas… Sera dit mauvais, celui qui vit au hasard des rencontres, se contente d'en subir les effets, quitte à gémir et à accuser chaque fois que l'effet subi se montre contraire et lui révèle sa propre impuissance… A l'opposition des valeurs (Bien-Mal) se substitue la différence qualitative des modes d'existence (bon-mauvais). »

Sur la négation (ou le manque) :

« Le principe spinoziste est que la négation n'est rien, parce que jamais quoi que ce soit ne manque à quelque chose. La négation est un être de raison, ou plutôt de comparaison, qui vient de ce que nous groupons toutes sortes d'êtres distincts dans un concept abstrait pour les rapporter à un même idéal fictif au nom duquel nous disons que les uns ou les autres manquent à la perfection de cet idéal . »

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