8 juil. 2009

À FORCE DE PRÉVISIONS FAUSSES, PLUS PERSONNE NE CROIT À RIEN

Apprenons à vivre avec l'incertitude

Selon de nombreux philosophes, l'évolution de la science et la perte de repères associée débouchent sur un « désenchantement du monde ».

On peut discuter de l'importance ou non de cette tendance, mais une autre tendance est certaine : les discours des politiques et des experts, qui veulent à tout prix annoncer des prévisions et des programmes, débouchent sur une vague croissante de scepticisme.

A force de voir que les promesses ne sont pas tenues, plus personne ne croît à rien. Or elles ne sont pas tenues non pas parce que les hommes politiques ou les experts nous mentent, mais parce qu'il est simplement impossible de prévoir : il est illusoire d'imaginer que l'on peut limiter l'incertitude. Elle fait partie de notre monde. L'évolution de la société et de l'économie ne sont pas plus planifiables que la météo.

Or cette désillusion se propage bien au-delà de la sphère politique. C'est toute la vie collective qui est de plus en plus polluée, et notamment celle des entreprises. On croît de moins en moins ce que dit une entreprise : par construction, tout discours est suspect, tout engagement est douteux, tout parole est mensonge.

Je l'ai vécu dernièrement à l'occasion d'une réunion publique tenue par un industriel. Il avait beau dire ce qu'il voulait, prendre des engagements précis et chiffrés, préciser que tout ceci serait contrôlé par l'administration, rien n'y faisait : le public ne le croyait pas.

« Vous dites cela pour obtenir votre autorisation, mais après vous allez faire le contraire ! ». Tel était le propos dominant.

Autre exemple : les voisins d'une antenne relais de téléphone mobile affirment avoir des troubles de santé. Quand l'entreprise incriminée annonce que cette antenne n'est pas en service, personne ne la croît. Facile à vérifier pourtant, non ?

Faisons attention, car une collectivité peut se déliter si la confiance mutuelle n'est plus là.

Or tant que nous continuerons à vouloir prévoir l'imprévisible, à affirmer que l'on sait alors que l'on ne sait pas, on fera des promesses intenables.

Apprenons à vivre collectivement et individuellement avec l'incertitude…

4 commentaires:

Philippe a dit…

Bonjour,

Oui, il est des fois où les gens se croient dans une meute de chien et que montrer de la faiblesse ce n'est pas ce qu'il faut faire.

Alors que faut-il faire : être faible mais être dans le vrai ou alors être fort et être dans le faux.

C'est un vaste débat.

Et là on en revient aux valeurs. Quelles sont les valeurs qui dominent aujourd'hui notre société ?

Si il y a tant de défiance, n'est-ce pas un peu (voir beaucoup) jusfifié ?

Si on prend quelqu'un pour un abruti, il vaut mieux qu'ils ne s'en rendent pas compte ! et donc il faut user de finesse. Et franchement, la finesse devient de plus en plus rare.

Alors, il faut faire un choix. Je pense moi, que il faut un peu plus de pédagogie et surtout d'honnêteté. Mais pour atteindre ce résultat, il faudrait pouvoir travailler sur tous les sujets en toute transparence.

Par exemple dans une entreprise, sujet que vous connaissez bien :
comment expliquer à un collaborateur qui fait bien son travail que son N+1 touche quatre fois son salaire.
Comment quantifier et justifier cette écart. Dans certain cas, on peut partir du principe que le patron a inventé le produit, qu'il a pris de risques sur ses biens propres, mais quel écart est alors justifié ?
Et nous en arrivons aux rentes de situations (un peu comme dans les îles) ou finalement, nous ne sortons pas des situations historiques ou le riche sera toujours riche et le pauvre toujours pauvre.

Quel est le pourcentage de la population qui évolue vraiment ?
En avez-vous une idée ?

En tous les cas bravo pour votre production journalière.

Très cordialement,
Philippe.

Robert Branche a dit…

Je partage vos observations, notamment quant au caractère souvent non justifié des écarts de salaire.
Sur le reste, je travaille actuellement sur un nouveau livre, prévu pour début 2010, qui abordera ces points...

Dominique a dit…

Votre message, dans tous les sens du terme, montre bien dans l’exemple donné comment la suspicion s’impose dans toute communication. Est -ce le résultat du large déploiement des techniques dites de communication ? de l’extension de la connaissance de l’inconscient qui nous a montré que nous agissons pour des raisons dont les ressorts profonds nous échappent le plus souvent ?
Pourtant la physique a mis en évidence qu’une prévision était toujours associée à une probabilité.

Dès lors, comment réhabiliter le langage pour parler des choix futurs, en particulier des choix de société, sans tomber ni dans le discours réservé au spécialiste, ni dans la démagogie ?

Dominique

Robert Branche a dit…

Je crois que cela vient largement de notre difficulté à accepter l'incertitude. Depuis notre enfance, on nous a fait croire que le progrès allait limiter progressivement l'incertitude, que grandir c'était savoir, que savoir c'était tout comprendre et pouvoir prévoir... et que diriger c'était aussi prévoir avant d'agir...
Nous avons aujourd'hui à collectivement et individuellement à "désapprendre" cette fausse vision du monde.
Apprendre à faire face à la complexité du monde et à la dimension irréductible de l'incertitude, trouver un chemin avec cela, et comprendre que notre liberté vient précisément de l'imprédictibilité du monde

 
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