25 juin 2012

NOTRE NON-CONSCIENT N‘EST PAS STUPIDE

Notre non-conscient sait faire bon nombre de choses (Neurosciences 5)
Après nous avoir emmené dans les méandres des neurones de la lecture et de l’arithmétique, Stanislas Dehaene, dans son cours 2009 au Collège de France, nous plonge dans les profondeur de l’inconscient cognitif et dans le mystère des opérations subliminales.
Deux citations plantent le décor :
-        La première est tirée de l’Éthique de Spinoza : « Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. C’est ainsi qu’un enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon irrité vouloir se venger s’il est irrité, mais fuir s’il est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu’ensuite il aurait voulu taire. De même un dément, un bavard et de nombreux cas de ce genre croient agir par une libre décision de leur esprit, et non pas portés par une impulsion. »
-        La seconde date de 1889 et vient de Sigmund Exner, une collègue de Freud à Vienne : « Les expressions ‘je pense’, ‘je sens’ ne sont pas de bonnes manières de s’exprimer. Il faudrait dire ‘ça pense en moi’, ‘ça ressent en moi’. »
C’est à la partie cachée de notre iceberg, celle qui nous habite sans que nous puissions accéder à elle, celle sans qui nous ne serions pas, que Stanislas Dehaene va s’atteler. Précision initiale et importante pour limiter les risques de confusion, plutôt que de parler d’inconscient, il parle de « non-conscient » ou d’ « inconscient cognitif ».
Première constatation : notre non-conscient n’est pas « stupide », et sait effectuer des tâches sophistiquées comme un traitement sémantique. Il connaît aussi l’orthographe (à condition bien sûr que nous la connaissions aussi consciemment bien sûr !) et peut déclencher des actions liées à des traitements sémantiques.
Deuxième constatation : notre non-conscient ne fonctionne pas indépendamment de nos processus conscients. En effet, il est capable de tenir compte de ce à quoi nous faisons attention consciemment. Ainsi en fonction de ce qui focalise notre attention, nous allons de façon non-consciente agir différemment. Rassurant, non ?
Troisième constatation : le rêve de pouvoir apprendre en dormant n’est vraiment qu’un rêve. Certes un stimuli subliminal, c’est-à-dire une stimuli trop bref pour être traité consciemment, peut déclencher une tâche cognitive, mais l’information correspondante n’a pas d’effet à long terme. Elle reste volatile et ne provoque pas d’apprentissage.
Quatrième constatation : notre non-conscient peut déclencher plusieurs processus qui relèvent de ce qui est appelé le « contrôle exécutif »,  contrôle exécutif qui est l’ensemble des processus qui sous-tendent la planification, l’initiation, l’exécution et la supervision des comportements volontaires dirigés vers un but. Ainsi des stimuli subliminaux peuvent influer fortement sur la détection d’une erreur, faiblement et transitoirement sur le choix d’une stratégie ou l’inhibition de l’action.
Alors que reste-t-il donc au traitement conscient et quelle est sa spécificité ?
(à suivre)

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