16 juil. 2012

ET SI LE PROPRE DE L’HOMME ÉTAIT L’AUTO-ÉVALUATION

Moi et les autres, est-ce si différent ? (Neurosciences 17)
Après avoir étudié les liens entre métacognition et conscience, Stanislas Dehaene en arrive à la question du lien entre métacognition et théorie de l’esprit : comment peut-on se représenter son propre esprit en train de se représenter une information ?
Précisons d’abord les quatre niveaux allant du fait vers la métacognition :
-        Fait : une voiture rouge est passée ce matin
-        Conscience primaire : j’ai vu (une voiture rouge passer ce matin)
-        Mémoire : je me souviens que (j’ai vu (une voiture rouge passer ce matin))
-        Méta-mémoire : je sais que (je me souviens que (j’ai vu (une voiture rouge passer ce matin)))
Il y a donc une forme de continuum entre la façon dont nous observons le monde qui nous entoure, et notre capacité à nous observer. Les expériences actuelles vont plus loin et semblent montrer qu’il y a un lien étroit entre la connaissance de l’autre et la connaissance de soi :
-        Elles se développent simultanément chez l’enfant,
-        Elles ne sont pas indépendantes et interagissent entre elles,
-        Elles font appel à un réseau similaire d’aires cérébrales
Finalement, il semble bien que nous utilisions le même format de représentation mentale et les mêmes aires cérébrales pour représenter notre esprit et celui des autres.
Que se passe-t-il alors quand nous travaillons en groupe ? Sommes-nous capables d’être collectivement plus efficaces que la seule somme de nos individualités prises séparément ?
Oui, à une condition : que l’on demande aux participants de se mettre d’accord. Intéressant, non ?
Voici l’expérience en question (1) :
-        On soumet simultanément deux personnes au même test. Si leur réponse diffère, les deux personnes échangent jusqu’à ce qu’elles se mettent d’accord.
-        La performance conjointe est meilleure que celle de chacun des individus, de leur moyenne, et même du meilleur des deux.
-        Ceci ne peut s’expliquer qu’en supposant que les participants échangent leur niveau de confiance sur ce qu’ils ont vu, et que l’on mobilise ainsi aussi des connaissances non-conscientes.
Stanislas Dehaene en conclut que le dialogue social améliore la performance humaine, et qu’il a donc été peut-être encouragé par l’évolution. Tout ceci apporte une nouvelle justification à mes développements sur la nécessité de la confrontation dans les entreprises, ce surtout en situation incertaine et mouvante (voir mes articles sur ce sujet)
Ce cours 2011 se termine par un détour dans le monde animal : les animaux disposent-ils d’une forme d’introspection ?
La réponse semble être positive :
  • Les singes savent quand ils se souviennent. Plus un singe risque de se tromper, plus il choisit de refuser de répondre : il écarte sélectivement les essais où il se juge (correctement!) incapable de répondre correctement.
  • L’estimation de l’incertitude semble faire partie intégrante de la décision. A ce titre, elle est présente chez de nombreuses espèces animales. Plus impressionnant est le fait que ces animaux parviennent à utiliser leur estimation de l’incertitude pour modifier leur comportement. Il s’agit véritablement d’un jugement de second ordre ou métacognitif (mais pas nécessairement conscient).
  • Cependant, les expériences de laboratoires posent toujours la question de l’entraînement intensif de l’animal… Une approche éthologique reste à mener afin de vérifier si de tels jugements sont utilisés en milieu naturel.
Ne sommes-nous donc que des « animaux-plus » ?  Probablement… et alors, est-ce un problème ? Notons qu’une des aires cérébrales qui nous distinguent le plus du reste du monde animal est l’aire 10 du cortex préfrontal, une aire qui interviendrait particulièrement dans l’auto-évaluation des performances et dans celle de sa situation personnelle, moi par rapport aux autres.
Le propre de l’homme ne serait-il donc plus le rire, mais la capacité à prendre du recul par rapport à lui-même et à se penser en tant qu’individu ?
Quelle belle chute non, pour ce cours sur la métacognition !
Demain, je poursuivrai avec le cours 2012, et la découverte du cerveau statisticien : sans le savoir, nous n’arrêterions pas de calculer des probabilités…
(à suivre)
(1) Expérience menée par Bahrami, B., Olsen, K., Latham, P. E., Roepstorff, A., Rees, G., & Frith, C. D. en 2010

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